20150910

Perfidia, du très grand Ellroy

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La parution d’un nouveau livre de James Ellroy (à ne pas confondre avec Ellory) est toujours un événement. D’une part parce que le bonhomme n’en sort pas tous les jours, (même si ses parutions ont tendance à se multiplier depuis 4/5 ans). D’autre part parce qu’il maîtrise formidablement ses sujets. En l’occurrence, cette sortie de […]


Le retour du divin chauve. Euh... non, pas Barthez, Ellroy... @wikicommons

Le retour du divin chauve. Euh… non, pas Barthez, Ellroy…
@wikicommons

La parution d’un nouveau livre de James Ellroy (à ne pas confondre avec Ellory) est toujours un événement. D’une part parce que le bonhomme n’en sort pas tous les jours, (même si ses parutions ont tendance à se multiplier depuis 4/5 ans). D’autre part parce qu’il maîtrise formidablement ses sujets.

En l’occurrence, cette sortie de Perfidia est d’autant plus spéciale qu’Ellroy revient sur son fameux Quatuor de Los Angeles en en entamant un second cycle. Il cède effectivement à la fâcheuse tendance hollywoodienne de la « préquel » ! Et se paie le luxe de faire évoluer des personnages qui nous sont déjà très familiers. Qualifié de saga du siècle par son auteur (à peine mégalo comme à son habitude), ce nouveau Quatuor de Los Angeles (après Le Dahlia Noir, Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential et White Jazz) prend place au 7 décembre 1941, lorsque le Japon attaque les Etats-Unis à Pearl Harbor.

UNE AMBIANCE ETONNANTE DE REALISME

Ellroy change un peu sa technique d’écriture et livre un brûlot qui transpire l’urgence et la folie. La période aidant : le récit débute la vieille de l’attaque de Pearl Harbor (étape clé de l’engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale) et se termine quelques jours après celle-ci. Evidemment, la surprise et le désarroi à Los Angeles (comme toujours ou presque) sont complets, et un voile de folie s’empare de la ville, jusqu’à s’immiscer dans les esprits les plus rationnels de la police.

Multiplication des points de vues (et des personnages), des crimes abominables et autres complots politiques, habile mélange de véritables figures historiques et de personnages fictifs, l’ambiance étouffante et paranoïaque de Perfidia est étonnante de réalisme.

On assiste à l’affrontement hors-norme entre deux personnages clés des précédents romans d’Ellroy, dotés de deux styles aux antipodes : « Dudster » Dudley Smith, le flic irlandais pourri jusqu’à la moelle, et « Whisky » Bill Parker, fervent catholique alcoolique, en apparence plus droit. Tous deux, en quête du pouvoir absolu, naviguent subtilement entre complots d’eugénisme racial (chinois et japs), prostituées et arnaques immobilières où la moitié des flics émerge sur fond de terreur invasionniste japonaise.

Tout cela est bonnement génial. L’opposition entre le bien et le mal est tellement imperceptible que tous finissent par basculer d’un côté puis de l’autre en permanence, chacun obéissant à son propre code de conduite (famille pour certains, argent pour d’autres).

BETTE DAVIS EST DE LA PARTIE

Loin d'être bête, la présence de Bette Davis dans le récit d'Ellroy.

Loin d’être bête, la présence de Bette Davis dans le récit d’Ellroy.

Retrouver Kay Lake, le Dudster ou encore Lee interagir avec des nouveaux personnages comme l’idéaliste enquêteur japonais Ashida (au cœur du récit), sans oublier l’omniprésence de stars du cinéma aux mœurs légères comme Bette Davis ou encore de grandes figures de la mafia juive comme Ben Siegel (qui finance un peu tous les projets obscurs) est un vrai bonheur.

En somme, du très grand Ellroy qui a déjà annoncé trois romans à suivre. Même si les tendances politiques de ce dernier peuvent laisser à désirer et son attitude vous dégoûter profondément (l’interview de Beigbeder dans le magazine Lui est à ce titre éloquente et en dit long sur l’antipathie du personnage), il faut lire ce livre et, bien sûr, ses suites déjà publiées depuis vingt ans, façon Star Wars. Sauf que la saga galactique, elle, a perdu beaucoup de son intérêt en renaissant de ses cendres, contrairement à celle du chauve réactionnaire qui est aussi brillante – voire se bonifie-  avec les années.

Perfidia

James Ellroy

Editions : Rivages