20151023

Asphalte vole bien plus haut que le bitume

asphalte

Il n’y aura pas de demi-mesure avec cet Asphalte. Ce sera blanc ou noir, on adorera ou détestera, mais jamais gris. Ce film, empli de douce poésie, parle au coeur. Nous, il nous a touchés en plein dedans. C’est bien simple : on n’a pas encore atterri depuis.


Benchetrit et l’asphalte ? Vieille histoire. Longue obsession. Particulière, aussi. Couchée sur le papier et, maintenant, étalée sur l’écran. Un film évidemment pas ultra-accessible. Ce qui nous intéressait, ici, c’était de savoir si la littérature, la poésie même, osons le mot, était transposable au cinéma.

Réponse ? Oui… Très imparfaitement et très irrégulièrement, mais oui. Un film étrange, que cet Asphalte. Pas de tenue globale, pas de cohérence, peu de liant mais, malgré tout, une atmosphère. Une gueule. Du cinéma, en somme.

DES VIES DE POETES

C’est bien simple, cet Asphalte est en couleurs mais, nous, on l’a vu en noir en blanc. Parce que c’est la couleur des poètes. Parce que l’on a été happé par l’histoire. Par les vies tristes et mornes de cet immeuble délabré. Sternkowitz (Gustave Kervern), en fauteuil roulant, qui doit filouter pour prendre un ascenseur qui lui est interdit. L’infirmière (Valeria Bruni-Tedeschi), si touchante d’humanité. Madame Hamida (Tassadit Mandi), mère courage exemplaire. Jeanne Meyer (Isabelle Huppert), actrice has-been, star des 80’s désormais reconvertie dans la vodka. Et puis Charly (Jules Benchetrit), parfait de candeur adolescente et d’optimisme béat, pas encore abîmé.

Des vies en noir et blanc, donc. Des vies de poètes, forcément maudits. Dures. A moitié éteintes, mais avec cette petite lueur, encore. Petite flammèche d’espoir, vouée à se muer en incendie éclatant d’humanité. Des vies superficielles, mais surtout attachantes. Des vies dont on ne sait rien et tout à la fois.

LA CANDEUR ET L’ESPOIR EN FIL CONDUCTEUR

Et une force, au milieu de ce chaos, de cette pureté, qui émane. Eclate. Exhale. Un grand et bon bol d’air. Pas accessible du tout, ça non. Pas grand public. Pas génial non plus, car bourré de ficelles parfois un peu grosses. D’idées auxquelles on n’adhère pas. Mais, toujours, partout, cette patte. Cette atmosphère particulière, belle, puissante.

La candeur de la jeunesse en fil conducteur. L’espoir puéril et naïf, mais tellement réconfortant, de ceux qui n’ont pas vécu, encore. Un état d’esprit sain, communicatif. Tant qu’il y a de la vie, une simple once de vie…

C’est ça, Asphalte. Le regard d’enfant de Charly, et les comportements d’enfants de tous les autres. De tout ce délabrement, autour, une fraîcheur qui émane. La vie. Le signe que Benchetrit, dans cet amas un peu abscons, a su frapper juste. Là, ici, oui, juste au cœur.

UNE NAIVETE TOUTE POETIQUE

Les acteurs sont tous touchants, au service de leur personnage, sans qu’aucun, jamais, ne prenne le pas sur les autres. C’est foutraque, du coup, car cela signifie que ça part dans tous les sens, avec un peu le sentiment de regarder trois ou quatre films en un mais, une fois n’est pas coutume, cet aspect brouillon vient renforcer le message poétique. C’est à l’âme que cet Asphalte parle. Pas à la raison.

On sait que beaucoup ne verront là que de la naïveté un peu facile. Il n’y aura pas de demi-mesure avec Asphalte : ce sera blanc ou noir, on adorera ou détestera, mais jamais gris. On pourra considérer cette naïveté comme une faute impardonnable de la part de Benchetrit. Parfait… On pourra aussi penser que si elle était plus partagée de par le monde, il tournerait plus rond. Nous, on a choisi notre camp, camarade…