20151006

Boomerang, affiche pourrie, mais film réussi

booemrang

L’archétype du film français qui a l’air mauvais, mais qui ne l’est pas… Qui est même plutôt très bon. Enfin qui serait très bon (bonne intrigue, bon scénario) si sa mise en scène était à la hauteur. Elle frise malheureusement parfois avec le téléfilm pourri. Qu’importe : l’ensemble tient franchement bien la route.


Le premier réflexe, en sortant de la salle ? Appeler sa maman pour lui dire qu’on l’aime. Ce Boomerang qui, de prime abord, avait tout pour nous déplaire, a réussi à nous tirer quelques larmichettes. C’est peu dire, pourtant, si notre coeur est de pierre, d’ordinaire.

Cette histoire de secret de famille vieux de trente ans, adaptée d’un livre de Tatiana de Rosnay, puait à des kilomètres le film français gnangnan chiant. Mais, mu par un sens du devoir qui nous honore, nous vîmes et nous sortîmes émus. Vaincus.

Alors, certes, la mise en scène obéit malheureusement trop aux codes de la télé – en clair, c’est lisse et sans plans grandioses -, ce qui nuit au spectacle qu’on voit se dérouler sur l’écran. Mais, pour autant, l’intensité dramatique et émotionnelle, elle, est assez spectaculaire. D’où nos larmichettes.

LE POIDS, TROP LOURD, DU SECRET

Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, joli couple frère-soeur à la recherche de l'histoire de leur mère perdue...

Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, joli couple frère-soeur à la recherche de l’histoire de leur mère perdue…

Rien ne va plus dans la vie d’Antoine, 40 ans (Laurent Lafitte). Sa femme l’a quitté il y a six mois et il a bien du mal à s’en remettre. Et puis il y a l’approche de la date d’anniversaire – 30 ans, un sacré bail – de la mort de sa mère.

Noyée, sans plus d’explications, un beau jour sur une plage de Noirmoutier. Fin de l’histoire. Le petit garçon de 10 ans, alors, n’en a jamais su plus. Sa soeur Agathe (Mélanie Laurent) non plus. Mais elle avait 5 ans, et plus guère de souvenirs. Ni bons ni mauvais. Antoine, lui, revoit les mauvais. Il y a quelques chose de louche avec la mort de sa mère.

La chape de plomb qui s’est abattue depuis sur la famille est trop épaisse pour être honnête. Il y a là, dans cette famille de taiseux, comme un tabou de trop. Antoine ressent le besoin de savoir. Pas moyen de poser directement la question à son père (Wladimir Yordanoff). Encore moins à sa grand-mère paternelle, Blanche, retranchée dans sa bulle (…Ogier). Non, si secret il y a, c’est par lui-même qu’il le lui faudra trouver. Direction Noirmoutier, donc, pour faire éclater le silence.

LA REVELATION (CONFIRMEE) DE LAURENT LAFITTE

Dit ainsi, avec l’affiche telle qu’elle est, on a plutôt envie de fuir. A’tation, mélo franchouillard en vue, a’tation… Pour une fois, il faut aller au-delà de ses préjugés, on vous l’assure. Ce Boomerang bénéficie d’un scénario au cordeau. La force du déni. Celle, aussi, du non-dit. Son explosion, enfin. Libératrice, pour les uns. Destructrice, pour les autres.

C’est très subtilement conduit par le réalisateur François Favrat. C’est, surtout, parfaitement maîtrisé par Laurent Lafitte qui, de films en films, s’affirme comme l’une des plus belles révélations de ces dernières années. Il est juste dans son rôle d’homme blessé, tiraillé par le poids du passé. D’homme qui souffre. Fait souffrir, aussi, par contrecoup.

On voit l’enfant qu’il était jaillir soudain, quand on ne s’y attend pas, pour fendre la carapace de l’homme. L’émotion, c’est lui qui la crée. Lui qui l’incarne. C’est tout sauf facile, et il s’en sort avec un grand talent. C’est même assez bluffant, en fait, disons-le plutôt que de tourner autour du pot.

UN SEUL DEFAUT : LA PAUVRETE DE LA MISE EN SCENE

Joyeux Noël, Félix !!!

Joyeux Noël, Félix !!!

Mais il n’est pas seul, et Mélanie Laurent, qui joue sa soeur, est très bien pour lui faire contrepoids. Elle joue la maîtrise quand lui est dans l’émotion, à fleur de peau. L’équilibre, là encore, est subtil. L’un brille grâce à l’autre. Avec, in fine, cette fusion-fission que chacun peut connaître entre un frère et une soeur.

On ne va pas passer en revue chacun des rôles, cela n’aurait pas de sens. Ils sonnent tous très justes, c’est tout ce qui compte. Même si, quand même, avouons-le, certains sont parfois un peu imités de Plus belle la vie… Avec, pour chacun, qui un secret, qui une faille à faire jaillir. Pas toujours le secret ou la faille qu’on attend, ce qui forcément bon signe.

Le signe que ce Boomerang est dense, intense. Et qu’il ne souffre que d’une chose : la pauvreté de sa mise en scène. Ce serait un thriller assez grandiose si les images, la photo, étaient à la hauteur. Elles sont au contraire malheureusement trop banales.

Faisons quand même mention à une scène, au moins une, assez sublime, se jouant à Noël. On n’en dira pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue. On comprend cependant que certains pourront la trouver too much, cette scène. Nous, on l’a trouvée parfaite dans le timing pour en faire l’acmé du film.