20151008

Fuir et se réfugier (partie 1)

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J’ai autant d’inquiétude à affronter la réalité de la misère du monde qui frappe à notre porte après que nous ayons frappé (de façon chirurgicale parait-il) à la leur, que d’affronter les peurs, haines et angoisses de mes compatriotes.


Les médias débordent de gens qui fuient. Échapper à la guerre, la misère, la violence,… je ne vous fais pas le tableau, il passe tout les jours sur nos écrans et (un peu) dans nos rues.

L’Europe hésite. Elle a une opinion (publique) compliquée. Elle culpabilise, elle s’effraie, elle s’apitoie, elle s’indigne, elle ferme les yeux et elle compte. Elle compte beaucoup… le nombre de morts, le coût des allocations, les kilomètres parcourus, les places en hébergements, l’esprit comptable fait des colonnes, ça occupe et ça rationalise.

Il y a quelque de chose de rassurant dans le chaos c’est de penser que l’on peut s’en extirper. S’il y a des migrants, c’est qu’il y a encore une terre à atteindre. La Terre Promise était une arnaque (de Dieu ou de l’Onu, j’ai pas tout compris), l’Amérique crée des murs avec ses usines mexicaines, le pays de Droits de l’Homme sent le décor en carton pâte, bref, le paradis terrestre n’existe pas, l’enfer si.

Et pourtant, il y a toujours eu un ailleurs, toujours un là-bas. Où tout est neuf et tout est sauvage, libre continent sans grillage, ici, nos rêves sont étroits, c’est pour ça que j’irai là -bas. (citer du Goldman est assez régressif, refuge vers l’adolescence, mon petit paradis perdu, salit par la moquerie… on ne critique pas Jean-Jacques).

(Ma façon d’écrire parfois agace. Moi, le premier. Trop de fioritures, de circonvolutions, d’apartés. J’en ai conscience. C’est une façon pour moi de m’échapper du texte, de souffler un peu, de respirer. Il faudrait enlever ces moments de mes textes, ces petites scories qui alourdissent. Mais je le laisse par paresse. La paresse aussi est une fuite, un échappatoire). (Je referme mes parenthèses, mes digressions).

Nous sommes une terre d’asile. Notre pays, notre territoire, notre société, notre communauté. Par morale ou par contrainte, par idéal ou par compromis, nous accueillons une part de la fameuse misère du monde.

« Si vous voulez les accueillir, vous avez qu’à les prendre chez vous, nous avons déjà des pauvres à aider, des étrangers à intégrer, des malades à soigner, de la misère à éradiquer, pourquoi ces jeunes hommes fuient ils au lieu de se battre, qu’apportent-ils dans leurs bagages qui ne soient pas toxiques pour notre société, notre économie est déjà trop fragile, etc… » Voilà ce que je cherche moi, lâchement à fuir. Le fameux discours de réalité de l’extrême droite selon Canal Bolloré, le parler vrai de la France d’en bas, profonde ou du pays réel.

J’ai autant d’inquiétude à affronter la réalité de la misère du monde qui frappe à notre porte après que nous ayons frappé (de façon chirurgicale parait-il) à la leur, que d’affronter les peurs, haines et angoisses de mes compatriotes.

Je ne suis pas encore totalement anesthésié par la pauvreté. Celle de la télé, si, ça y est. Je ne me sens plus impliqué par ce que je vois. L’empathie ne traverse pas les tubes cathodiques. Celle de l’espace publique me touche encore. Pour combien de temps? le défilé des mendiants du métro fait parti de la bande son, les familles allongées dans la rue sont des obstacles et le monsieur devant la boulangerie me fait économiser une viennoiserie par culpabilité.

Je me sens à la cour de Versailles évitant toute dissonance cognitive. Je comprends de plus en plus l’exil des riches vers les ghettos sécurisés. Tout le monde cherche à éviter la misère, ne serait-ce que visuelle.

Alors, fuir? Fuir Paris qui se gentrifie et ne garde que les plus pauvres et les plus riches, fuir la France qui se moranise et s’appauvrit, fuir l’Europe qui court après la Chine du travail et l’Amérique des loisirs, fuir sur une île déserte qui disparaît suite à la montée des eaux, au fin fond de la forêt qui disparait elle aussi, comme les glaciers, les peuples premiers, la nature et les espaces non pollués.

Il y a toujours eu des réfugiés. Mais existera-il toujours des refuges?

à suivre…