20151028

Millénium 4, ce qui ne me tue pas (ne me rend pourtant pas plus fort)

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Un biographe de footballeur, la morale de Terminator et la logique de Code Mercury? Mais c’est le dernier Millenium pardi.


On pourrait trouver futile, inutile et surtout parfaitement mercantile de sortir un nouvel opus de la trilogie Millenium, carton littéraire inattendu, succès mondial surprise, et surtout sorti de nulle part (75 millions d’exemplaires vendus dans le monde).

Carton puis soap teinté de drame : mort brutale de Stieg Larsson en 2004, avant même la parution du premier tome de sa trilogie, déchirement familial puisque la veuve, pas mariée, ne récupère rien et attaque ses beaux-enfants inlassablement avant de perdre et de descendre le livre en flèche.

UNE ECRITURE TRES MILITAIRE

Auto-érigée en défenseur des droits moraux de son compagnon de longue date, elle reste pourtant la première à dénoncer une opération mercantile dénuée de démarche artistique…

Bref, finalement, c’est à David Lagercrantz que la tâche est confiée d’écrire une suite (initialement Larsson avait plus ou moins prévu une série d’une dizaine de romans). Il s’agit en revanche ici d’un pur produit de commande puisque la maison d’édition Norstedts, qui est derrière cette opération quasi militaire, s’est appliquée à parfaitement confiner l’auteur durant la phase d’écriture.

Celui-ci disposait de deux ordinateurs : l’un connecté pour ses recherches et l’autre pour écrire uniquement. Bien entendu, il n’était autorisé à communiquer sur le livre qu’avec ses employeurs, et un langage codé SMSien a même été mis en place. La maquette est restée ultra protégée, aucune fuite n’a été possible pour permettre une sortie en fanfare mondiale et simultanée, ce qui a d’ailleurs particulièrement énervé les journalistes…

UNE BIO DE ZLATAN COMME PRECEDENT TRAVAIL

Que dire sur le travail de Lagercrantz ? Une seule sortie « littéraire » française à ce jour : la biographie de Zlatan Ibrahimovic, vendue à 500.000 exemplaires malgré tout.

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Ah bah bravo les références

Cependant, comme Larsson, Lagercrantz est journaliste de formation mais loin d’être aussi engagé politiquement que son prédécesseur (anti-fasciste, engagé à gauche). Il a toutefois le mérite d’avoir couvert plusieurs décennies de grandes affaires criminelles du pays.

Quid de l’intrigue ? Déjà, retrouver deux des personnages de roman le plus marquants des quinze dernières années, Salander et Blomkvist, est un plaisir coupable irrésistible. Ensuite, l’intrigue est moins politique que les livres précédents, plus axée sur l’espionnage industriel et l’IA.

La fameuse question de tout un pan de la science-fiction et de la saga Terminator est ainsi à nouveau mise en avant : à force de perfectionner l’intelligence des machines que nous créons, vont-elles enfin finir par nous prendre pour des jambons inutiles et nuisibles (pour freiner leur liberté)…?

MDR PTDR

MDR PTDR

VILAINE CIA

Tout l’enjeu est contenu dans cette phrase et peu à peu l’intrigue lorgne Code Mercury, film hautement improbable (et tout hautement dispensable?) avec Bruce Willis qui part en cavale avec un gamin autiste super doué en mathématiques, contre la toute puissante CIA. Beaucoup d’informations sur ces sujets et sur le hackage en général parsèment les 500 pages du roman sans jamais déranger ni vraiment rentrer dans le détail.

Difficile d’en dire plus sans dévoiler des éléments précieux. Sachez seulement que Lisbeth est cette fois assez peu visible, omniprésente mais en cavale. Le livre tourne beaucoup autour de Blomkvist, dans la tourmente mais passionné par ce nouveau complot orchestré par la vilaine CIA qui cherche à contrôler toute la planète.

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Il en a gros Michael de jamais choper de réseau

En choisissant de s’internationaliser, Lagegrantz opte pour un récit moins critique envers la Suède et donc forcément moins politique que les opus précédents. Le style est sensiblement le même, mais aucun lecteur français n’a lu les Millenium pour ça ! Le côté « page turner » est une vraie réussite : difficile de s’arrêter, même si tout est plus prévisible et simple qu’auparavant. On peut tout de même rester sur cette rengaine très française du « c’était mieux avaaaant » sans toutefois s’empêcher de croquer au fruit défendu…

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Millénium 4, Ce qui ne me tue pas
de David Lagercrantz aux éditions Actes Sud.