20151020

Quand la RDA inventait le dopage d’Etat

ADN-ZB/Olympiadienst/Gahlbeck/27.8.72
München: XX. Olympische Sommerspiele
Eröffnungsveranstaltung am 26.8.72. Ein stolzer Augenblick- erstmals bei Olympischen Sommerspielen marschiert eine selbständige und souveräne Mannschaft der DDR in die Olympische Arena ein.

L’Allemagne vient de fêter le 25ème anniversaire de sa réunification. C’était le 3 octobre 1990, un peu moins d’un an après la chute du mur ! Une date importante dans l’histoire d’un pays qui pouvait enfin aller de l’avant et en terminer avec la dictature socialiste de l’ex URSS. Une date devenue aussi incontournable dans la […]


L’Allemagne vient de fêter le 25ème anniversaire de sa réunification. C’était le 3 octobre 1990, un peu moins d’un an après la chute du mur ! Une date importante dans l’histoire d’un pays qui pouvait enfin aller de l’avant et en terminer avec la dictature socialiste de l’ex URSS. Une date devenue aussi incontournable dans la sphère sportive puisqu’elle marque la fin du dopage d’Etat inventé et généralisé en ex RDA.  Retour sur l’un des plus sombres chapitres de l’histoire du sport en Europe.

 

6 octobre 1985. Marita Koch s’élance sur la piste de Canberra. A l’époque, l’ex athlète de la RDA ne le sait pas encore mais  ce 400m va changer sa vie et marquera l’histoire de l’athlétisme à jamais. Comme de nombreux autres compatriotes de son époque, elle est plus que performante. Seulement 16 millions d’habitants en République Démocratique Allemande et pourtant les sportifs et sportives du pays raflent tout sur leur passage. Ils gagnent mais surtout battent des records qui encore aujourd’hui n’ont pas été battus ni même été égalés. Ce jour-là, Marita remporte la course mais devient surtout la première femme à passer en dessous des 48 secondes sur la distance. Record du monde en 47’’60. Un temps hallucinant. Un record historique. Et un record toujours en cours 30 ans plus tard.

Magnéto ! Marita est celle qui explose tout le monde !

Pendant près de 10 ans – entre 1978 et 1987 -, Marita défonce tout ! Relais, 200 et 400 m, rien ne lui résiste. La Usain Bolt de l’époque, c’est elle (Marita a détenu 16 records mondiaux en plein air et 14 en salle).  Elle avoue simplement s’être préparée comme jamais. Ses victoires sont les mérites de son talent et de son travail. Rien d’autre. Elle le répète sans cesse “ Je ne me suis spas dopée. J’ai même été testée 3 fois lors des mondiaux d’Helsinki (1983). Ils n’ont rien trouvé.”

30 ans plus tard, pourtant, Marita ne veut plus fêter ce record. Cette dernière ne répond plus aux médias qui ne cessent de remettre en cause son record plus que suspect car pour beaucoup symbole d’un système de dopage effroyable et complètement généralisé en ex RDA.

Le sport comme outil politique

Revenons-en au commencement. L’idéologie de l’ex bloc de l’Est  laisse une place très importante à la pratique sportive. C’est vu comme “une nécessité pour être une personne accomplie, c’est à dire forte physiquement et mentalement”. Cette idéologie amène à développer de manière considérable les infrastructures sportives en ex RDA. Ce territoire deviendra le vivier de champions jusqu’à la chute du mur. Dans les années 60, la majorité des jeunes pratiquent une activité sportive. C’est bien mais pas suffisant pour le régime socialiste qui ne se contente pas de servir l’intérêt public mais qui, surtout, cherche à valoriser  l’image d’un bloc de l’Est puissant sur le plan international.  A l’époque, le socialisme soviétique ne souhaite qu’une chose : Se montrer plus fort, plus grand, plus puissant que le bloc de l’Ouest. Quel qu’en soit le prix ou les méthodes utilisées. Toutes les sphères de la société doivent d’ailleurs servir cette idéologie. Et le sport n’y échappera pas.

Lalalalalala, c'est sympa la course à pieds !

Lalalalalala, c’est sympa la course à pieds !

Tout est donc mis en œuvre pour remporter des victoires lors des grandes compétitions. Gagner devient même un faible mot. Il faut écraser l’adversaire, ce que tâchera de faire l’ex RDA pendant 25 ans. Sans évoquer les championnats d’Europe ou les Mondiaux, cela donne ça au niveau des stats olympiques :

– Jeux Olympiques de 1968 (Mexico)  1ère participation sous sa propre bannière : 5ème pays à avoir le plus grand nombre de médailles

– Jeux Olympiques de 1972(Munich) : 3ème pays médaillé.

– Jeux Olympiques de 1976 (Montréal) : 2ème derrière l’URSS !
– Jeux Olympiques de 1980 (Moscou) : 2ème derrière l’URSS…
– Jeux Olympiques de 1988 (Séoul) : 2ème derrière l’URSS… ( les JO de 1984 avaient été boycottés par L’URSS et la RDA avait suivi)

« Les grandes victoires de l’Union Soviétique et des pays frères sont la preuve éclatante que le socialisme est le système le mieux adapté à l’accomplissement physique et spirituel de l’homme. » 1972 La Pravda (journal officiel soviétique).

Toutes ces performances sont reconnues par les autres autorités du monde qui, malgré les soupçons et par peur de froisser le régime de l’ex bloc de l’Est, préfèrent s’incliner devant des performances historiques et complètement hallucinantes. Certes, l’EX RDA fournit des gros efforts en matière de détection de futurs talents et investit beaucoup dans le domaine du sport mais ces théories ne suffisent pas longtemps à cacher une autre réalité qui fait froid dans le dos. Car ces résultats sont trop fous pour être vrais et relèvent, ni plus ni moins, du surhumain. Il suffit de comparer les résultats d’aujourd’hui, au 21ème siècle,  avec les performances réalisées à l’époque. Ils ont, en majorité reculé.

Le dopage d’Etat généralisé

Sous le régime, les scientifiques et les athlètes sont comme beaucoup fort surveillés par la police d’Etat, la flippante Stasi. Pas facile de se révolter et encore moins de dénoncer. Mais à la chute du mur, les premières révélations du dopage d’Etat tombent. Et c’est très vite un système bien dégueulasse qui est mis à jour. Ce dopage n’a rien à voir avec ce que les mecs s’enfilent de nos jours. Armstrong, légende vivante de l’EPO et de la transfusion sanguine aurait adoré l’ex RDA. Mais il n’y aurait peut-être pas survécu. A l’époque, le dopage fait partie de la carrière, de la vie de sportif, des entraînements. Comme un acharnement mis en place par le régime soviétique pour créer un autre genre humain.

 

Les médias mettent souvent en avant Werner Franke – ancien cycliste et biologiste réputé – , et sa femme Brigitte Berendonk, – lanceuse de poids dans les années 70 -, comme les premières personnes à avoir dénoncé le système de dopage d’Etat. Le bouquin sorti par le couple n’hésite pas, lors de certains passages, à comparer les méthodes socialistes aux méthodes des nazis durant la seconde guerre. Les athlètes sont complètement victimes, shootés à leur insu pour courir plus vite, lancer plus loin, sauter plus haut… pour être tout simplement les meilleurs au service d’un régime qui veut imposer sa puissance au reste du monde. Ils ne sont pas seulement des athlètes, mais aussi des cobayes soumis à des expériences scientifiques en laboratoire.

Stasi / Nazis même combat !

Stasi / Nazis même combat !

Extrait.  «  La particularité de l’ex-RDA a été de construire une organisation gouvernementale tentaculaire, impliquant des centaines de médecins et de scientifiques dans un programme gigantesque d’expérimentations génétiques qui rappelle le nazisme. En dépit de nombreuses suspicions, le reste du monde a ignoré cette organisation de dopage institutionnalisé, préférant rendre hommage aux résultats de l’Allemagne de l’Est. Des centaines d’entraîneurs et de médecins sont devenus des spécialistes du dopage, n’hésitant pas à transformer des femmes en androgynes et à traiter les athlètes comme des rats de laboratoire pour des expériences biologiques. »

Et on se dopait à quoi à l’époque ?

Un cocktail dégueulasse. Ni plus, ni moins. Hormones, stéroïdes, produits qui s’apparentaient à l’EPO ou encore cocktails d’hormones. Puis les entraîneurs faisaient passer cette merde à leurs athlètes qui pensaient avoir à faire à des vitamines ou autres produits énergisants. Complètement dopés à leur insu, les stars de l’époque ne se posaient pas de question…ou presque. Mais dans un régime où tout était surveillé, tout était contrôlé, mieux valait fermer sa gueule, avaler ces pilules de l’enfer et aller courir. Si Marita Koch se défend toujours d’avoir réalisé des performances propres, c’est parce que l’ex championne affiche toujours une bonne santé. Par chance, elle est passée entre les gouttes. Pas comme un millier d’athlètes victimes de cancers, douleurs récurrentes, transformations corporelles, paralysies, dépressions, addictions à l’alcool, troubles alimentaires, lésions du foie, boulimies, fausses couches… Sans rentrer dans les détails de cette liste morbide, voici dans les grandes lignes, les maux qui rongent les athlètes victimes du dopage d’Etat. Sans oublier que les effets continuent sur les secondes générations…et en ont tués plus d’un.

Heidi devient Andreas

Parmi les victimes, on évoquera Heidi Krieger, championne d’Europe du lancer de poids aux Euro de 1986, devenue Andreas en 1997. Gavée aux anabolisants et à la testostérone par son entraîneur, Heidi se sent de plus en plus homme dans les années 90. Complètement perturbée, elle sera obligée de passer par l’opération et de changer de sexe. Un livre Doping Dokumente raconte que, durant une période de 29 semaines, elle aurait ingurgité plus de testostérone que n’en produit un homme durant le même laps de temps.

Quand Heidi était encore femme

Quand Heidi était encore femme

Jusqu’à  la mort
Pour aller plus loin dans le détail dégueu, on évoquera aussi la mort subite – et à seulement 63 ans – de Gerd Bonk, l’ancien recordman d’haltérophilie de la catégorie super-lourds. Après avoir souffert d’énormes lésions du dos, le bonhomme était tombé dans un coma soudain. Il ne s’en réveillera jamais. Ou encore le cas de Katarina Bulling qui, aujourd’hui, n’est plus capable de dormir sans morphine. Ses douleurs récurrentes aux bras et au genou ne disparaissent pas malgré le fait d’être passée par 13 opérations. Ancienne star de l’équipe féminine de volley de la RDA, Katarina se blesse en 1979. Pour ne pas la faire rater les JO de 1980, à Moscou, son opération au genou sera sans cesse repoussée et compensée par des piqûres de produits dopants et des entraînements. La recette parfaite pour remporter un médaille d’argent en Russie, et pour foutre une vie en l’air.

 

Ce sombre chapitre de l’histoire du sport a l’air enfin de réveiller les consciences. Comme quoi un anniversaire, en l’occurrence les 25 ans de la réunification de l’Allemagne, amène toujours son lot de bonnes surprises. Pour le coup, les instances allemandes ont promis de reconnaître les agissements scabreux de l’ex RDA et de soutenir le combat des associations des victimes du dopage d’Etat en débloquant 10,5millions d’euros en 2015. Le Bundestag doit encore ratifier le texte mais une réelle volonté d’aller de l’avant voit enfin le jour, confirmant les compensations financières qui avaient été accordées en 2002 et 2006 mais jugées insuffisantes par les associations et les anciens cobayes du régime socialiste