20151009

Yasmina Khadra se glisse dans la peau de Kadhafi et n’en retire rien de bien

khadra

Vous avez été marqué par les images de la chute de Kadhafi, son arrestation et sa mise à mort ? Vous attendez donc beaucoup de cette Dernière nuit du Raïs, livrée par Yasmina Khadra ? Eh bien passez votre chemin, il n’y a rien à lire…


On en attendait tant. Peut-être trop. Sans doute trop. La déception n’en est que plus grande. Terrible. Cette Dernière nuit du Raïs, de Yasmina Khadra, n’a strictement aucun intérêt. On a eu beau chercher, on n’a pas trouvé une seule envolée littéraire à se mettre en mémoire. Rien qui nous surprenne. Aucune phrase qui nous scotche. Rien. Que du plat. Du quelconque. Du paresseux.

Comme si le sujet – la chute de Kadhafi – avait fait peur à Khadra. Trop historique. Trop réel. Trop frais, aussi. Comme s’il s’était avéré tellement difficile de se mettre dans la peau d’un homme encore très présent dans les esprits. La fiction, assurément, échoue ici à se frayer un chemin dans la dure réalité.

MAIS QUE POUVAIT BIEN AVOIR KADHAFI EN TETE LE DERNIER SOIR ?

Mouammar dans toute sa "splendeur".

Mouammar dans toute sa « splendeur ».

Certes, personne n’y était, dans la tête de Kadhafi, à l’occasion de sa dernière nuit, avant sa capture puis sa mort. Mais puisque Khadra a choisi ce thème pour son roman, il aurait dû se laisser aller, malgré tout. Y entrer par effraction dans la caboche du Raïs. Et tout nous dégueuler sur le papier, ensuite.

La mégalomanie de l’homme. Son refus de céder. Sa certitude de s’en sortir, toujours. Puisqu’il en est toujours allé ainsi, depuis des décennies… Ou alors l’exact contraire : la peur d’un homme traqué, qui n’est plus rien. Ses doutes. Ses remords. Ses certitudes qui s’effondrent.

L’un ou l’autre. L’un et l’autre. Qu’il en fasse un homme ou un monstre, qu’importe. Mais qu’il en fasse quelque chose de son Raïs déchu. On n’a malheureusement qu’une piètre bouillie à se mettre sous la dent. Vaguement mâchée. Tout de suite recrachée. Manquant, qui plus est, cruellement de mise en contexte.

LE PLUS ENNUYEUX, C’EST QU’ON NE RETIENT RIEN

Si l’on n’a plus en tête la Révolution libyenne, alors on est paumé, forcément. Vous vous souvenez du CNT ? Vous vous souvenez de Benghazi ? D’Abou Bakr Younés ? De Mansour Dhao ? Un court rappel des faits n’aurait pas été superflu. Mais encore, voilà qui n’est qu’un détail.

Le plus ennuyeux, vraiment, est qu’on ne retient rien de cette Dernière nuit du Raïs, après lecture. On y voit un Kadhafi d’abord très humain, reclus dans une maison de Syrte, incapable de comprendre pourquoi son bon peuple a pu se retourner contre lui. C’est très logique, cela dit. Attendu. Mais mal conduit. On est désolé de dire cela, tant on admire Khadra, mais c’est maladroit, vraiment. Même pas forcément très bien écrit.

Khadra prête à Kadhafi des réactions qui ne paraissent pas crédibles. On l’imagine plus politique dans une telle situation, Kadhafi. Plus vindicatif. Plus fou que jamais. Comme une bête blessée. Il fallait en faire des tonnes, sur cette morgue du dictateur en colère, acculé, sur le point de finir comme un vulgaire Ben Ali…

JEAN TEULE 1 – YASMINA KHADRA 0

Or de rage, il n’y a point. Pas plus de laisser-aller, non plus. C’est de l’entre-deux mollasson. Ses flashbacks vers son enfance, ses débuts de tyran sont plus ennuyeux qu’autre chose. A aucun moment ils ne donnent de rythme du récit, qui s’enfonce dans la nuit, comme Kadhafi s’enfonce dans le néant.

Quant à l’hallali, elle rate sa cible, là aussi. Une description plus lassante que poignante. Pas aussi forte, ça non alors, que la crudité des images, qu’on a tous vues, avec le regard hagard, terrible, de Kadhafi. Du lynchage public d’un homme, un Jean Teulé, avec Mangez-le si vous voulez, a tiré des pages plus précieuses pour la littérature.