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Les Anarchistes, un mélo faiblard et pas du tout un film politique

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Vous vous attendez à un film politique, mettant en scène les anars du XIXème siècle ? Eh bien pas du tout. Mais alors pas du tout, du tout… A la place, un mélo assez quelconque, qui aurait pu prendre pour cadre n’importe quelle autre époque. Dommage.


Cela manque de politique. Pour un film qui s’appelle Les Anarchistes, faut avouer que c’est un peu embêtant… Quiconque s’attend à une plongée dans la pensée anarchiste de la fin du XIXème siècle sera déçu. Tout juste si Bakounine est cité une fois, histoire de dire, d’évacuer le problème. Même chose avec Louise Michel. Et encore, pour dire qu’elle a de la moustache…

TOUT SAUF UN FILM POLITIQUE

Non, vraiment, il ne faut pas s’attendre à un film politique avec Les Anarchistes. C’est dommage parce que c’est justement ça que l’on voulait voir. Nous sommes à Paris, en 1899. L’époque est passionnante. La Commune, pas encore trente ans d’âge, est encore dans tous les esprits. L’industrie se développe à vitesse grand V ; la classe ouvrière avec elle. Les inégalités sont criantes, les injustices flagrantes.

Des hommes, pleins d’idéaux, s’élèvent contre cette société qui déshumanise. La police les traque, inlassablement. Et ici, dans ce film, cherche à les infiltrer. C’est ainsi que Jean (Tahar Rahim), brigadier de son état, végétant à son poste, est choisi pour cette mission délicate : se faire ouvrier et, ensuite, accepter par un groupe anarchiste.

DES IDEALISTES PLUS QUE DES TERRORISTES

Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos dans des rôles bien trop faiblards pour qu'on s'attache vraiment.

Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos dans des rôles bien trop faiblards pour qu’on s’attache vraiment.

Jean quitte donc le képi pour l’usine. C’est bruyant, sans aucune des conditions sanitaires et sociales d’aujourd’hui. Bref, c’est terrible, et sinon légitime, du moins explique la colère de ces ouvriers, leur haine. Il y a là Elisée (Swann Arlaud), Eugène (Guillaume Gouix), Biscuit (Karim Leklou) et quelques femmes aussi, pasionaria plus idéalistes que terroristes : Judith (Adèle Exarchopoulos) ou Marie-Louise (Sarah Le Picard).

C’est d’ailleurs bien là le problème pour Jean : ces anars sont de bons gars, finalement, révoltés par les conditions de travail qu’on leur impose. Ils se radicalisent certes, mais cela reste plus théorique qu’autre chose : « il faudrait que… », « si ça continue, va falloir que ça cesse », ce genre de bêtises. Ah ! ça, pour discuter, débattre, y a du monde. Pour agir, en revanche…

Et puis Judith est jolie en plus… Alors voilà notre Jean bien emmerdé. Le policier s’attache, compatit. Lui-même, orphelin, vient d’un milieu si modeste, aussi. Il a connu la misère, n’est pas loin de la connaître encore. Tout cela pour dire que ça cogite pas mal dans sa caboche. Mais ses supérieurs le poussent à continuer son double jeu. Toute la question est de savoir jusqu’où il ira, le pauvre Jean.

DES PERSONNAGES A TROP FAIBLE ENVERGURE

On le comprend, Les Anarchistes glisse allègrement dans le mélo sentimental. Cela a beau être un film en costumes, le réalisateur Elie Wajeman ne s’intéresse absolument pas à l’histoire, et encore moins à ces anarchistes, dont il fait pourtant le titre de son film. On en est déçu. Et ne se console guère avec le mélo qu’on nous livre.

C’est plat, pour ne pas dire pauvre. On s’attache un peu aux personnages, mais ils ne sont pas assez creusés pour que cela soit en profondeur. Swann Arlaud est plus que prometteur, mais son rôle d’Elisée n’est qu’esquissé. Tahar Rahim, tout comme Adèle Exarchopoulous, qu’on est content de retrouver après La vie d’Adèle, font le job mais, là encore, avec des rôles à trop faible envergure pour marquer les esprits. Pas grand-chose à retenir, en somme.