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Le règne des baskets : des Stan Smith tout le monde portera

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Aussi bien portée par les ados que les mamans au marché des Enfants rouges, la basket d’Adidas fait autant l’unanimité que Marc Trévidic. On vous explique pourquoi ça suffit.


Depuis que Marie-Chantal, la voisine à serre-tête, sort en Stan Smith, rien ne va plus. Il fallait s’en douter : avec 70 millions d’exemplaires vendus depuis sa création en 1964, cela devait arriver. Rarement une chaussure n’aura fait autant d’adeptes.

Pourtant, ce que Marie-Chantal ne sait pas, c’est que sa nouvelle acquisition est le fruit d’un revers marketing d’Adidas. Très connotée football, la marque souhaite se tourner vers le tennis, en vogue dans les années 1960. En 1964, le modèle en cuir, de couleur blanche avec ces touches vertes, ses trois bandes perforées, est né. Son essor, elle le doit surtout à Robert Haillet, tennisman français, qui a supervisé sa création, la porte sur les cours et lui donne son nom. Bienvenu sur notre Terre, Adidas Robert Haillet.

La chaussure selon Robert

A l’époque, son style dénote, mais elle reste réservée à la pratique du tennis. En effet, avec un nom pareil, on l’imagine mal devenir l’ingrédient indispensable de la street cred. Tout va changer quand en 1974, la basket sera adoptée par son nouveau papa… STANLEY SMITH. Les marketeux d’Adidas devaient se douter qu’en s’appelant Robert, une paire de chaussures ne marcherait jamais. Avec Stan, tout va changer. D’abord parce qu’il est americain. Qu’il a le sens de l’argent et de la pub. Qu’il dénote dans l’univers du tennis, avec un style atypique.

En 1978, la basket prend le nom de son nouveau papa. Robert perd sa progéniture qui change même de nom. Chez les Américains, la basket est portée dans la rue, sans complexe. Plusieurs courants comme le ska ou le reggae en font une pièce incontournable de leur look. Quand le hip-hop la sort du placard dans les années 1980, elle est de nouveau la basket la plus cool de la Terre. Quand Run DMC enregistre « My Adidas », on frise l’hystérie collective. Il faut quand même préciser que ces jeunes hommes entamaient par la même occasion un partenariat avec Adidas pour 1 million de dollars. Aux concerts, on brandissait toutes sortes d’Adidas, pas seulement les Stan Smith.

Egérie de la culture street

En France, le modèle s’écoule à 70 000 paires chaque année. Et son retour de hype vient du clip d’IAM « Je danse le MIA ». « Stan Smith aux pieds, le regard froid, ils scrutaient la salle, le trois-quart cuir roulé autour du bras… Ray Ban sur la tête… » En 1995, quand le film « La Haine » de Matthieu Kassovitz sort au cinéma, les gamins de la cité ne portent pas des TN requin. Non, des Stan Smith.

Mais comme pour le bombers, les baskets de manière générale ou les caskets, la Stan Smith passa par la case « récupération par le luxe. » Le luxe s’approprie toujours les codes de la culture street. Et donne par la même occasion une certaine crédibilité dont on se serait bien passé. En 2011, malgré le succès du modèle, Adidas annonce l’arrêt du modèle… Mais ce n’était que pour mieux revenir : dès janvier 2014, les Stan Smith squattaient de nouveau nos rayons. Avant la presque totalité du bitume national.

Le meilleur du faux cool

Ce qui pose question. Pourquoi diantre fait-elle tant l’unanimité ? Par amour pour le Mia, la bouillabaisse, Vincent Cassel, le 93 ? Négatif. Si elle envahit la France plus vite que les frelons asiatiques, c’est parce qu’elle incarne à elle seule la décontraction et le cool. Même si tout cela est faux.

Autant vous le dire, quand on réalise que l’on porte les mêmes chaussures que le voisin dans le métro, il y a un loup. Et un gros blaireau. La prochaine tendance se glissera certainement du côté des Nike requin, avis aux amateurs…

Illustration Davide Bart Salvemini