20151207

Ludo Sterman, un auteur de polars sur le sport à suivre

sterman

De la bonne vieille – et brillante – uchronie sportive pour Dernier shoot pour l’enfer. Un polar riche et éclatant pour Bombe X, dans le milieu vérolé du cyclisme. C’est en cherchant des romans sur le dopage dans le sport que l’on a découvert les livres de Ludo Sterman. Et comme on a adoré, on vous le fait partager. Achetez, et lisez-en tous.


Le hasard fait bien les choses. Depuis le temps qu’on le dit. C’est en faisant une recherche internet, sur les romans abordant la question du dopage dans le sport, qu’on est tombé sur Ludo Sterman. Et sans se faire mal. Surtout pas. Au contraire, même. A la clé, l’un de ces petits bonheurs inouïs, conséquence des découvertes les plus inattendues.

On a d’abord tilté sur le graphisme, franchement joli, sobre, des couvertures. Puis on a été alléché par la quatrième de couverture. Claire, incitative. Alors, à l’ancienne, au feeling, on a plongé. Va pour les achats de Dernier shoot pour l’enfer et Bombe X, les deux polars écrits par Ludo Sterman, aux éditions Fayard Noir.

DE LA BRILLANTE UCHRONIE SPORTIVE

sterman shoot

Et, d’emblée, l’extase. Ce sentiment, assez magique, jouissif, d’avoir déniché une petite pépite. Non qu’on ait affaire à un génie du style, n’exagérons pas. Mais parce que, sans être transcendant, c’est très très bon. Haletant. Bien écrit. Foutrement bien documenté. Avec ce petit quelque chose mélangeant le vrai à la fiction qui, tout de suite, nous a plu.

De l’uchronie sportive. Tout ce que l’on aime. Casse-gueule, mais brillant. Dernier shoot pour l’enfer nous plonge dans le petit milieu dégueulasse du football français de la fin des années 1990 et du début des années 2000. La France a gagné sa Coupe du monde 1998. Elle a perdu, aussi, sur un coup du sort pathétique, la finale 2006.

Et voilà que, quelques années plus tard, Julian Milner, jeune journaliste au Sport, présente sa biographie-hagiographie d’Angel Novella, le héros français de ces deux finales. Le plus grand footballeur français de tous les temps, adulé comme un dieu. Sauf que cette biographie réveille les côtés sombres du football. Un coéquipier de Novella, dans la foulée de la parution du livre, se suicide. Milner, intrigué, mène l’enquête, et remonte le fil. Ce qu’il va trouver ne sera pas beau à voir.

UN ZIDANE QUI SERAIT MORT DIX JOURS APRES LA FINALE DE 2006

Le Sport, évidemment, c’est L’Equipe. Et Novella, c’est Zidane. Mais un Zidane qui serait mort quelques jours après son coup de folie de la finale 2006, huit ans après son sacre mondial. On n’a aucun mal à reconnaître les personnages cités. Ou plutôt à s’imaginer les reconnaître. Car tout cela est un roman, évidemment. Il n’y a pas de dopage organisé dans le football, bah non, vous pensez bien.

On aime cet entre-deux, qui nous oblige à démêler le vrai du faux, le vraisemblable du fictionnel. C’est diablement malin, sur le fil, toujours, et Ludo Sterman parvient à maintenir le juste équilibre. Il s’appuie sur des points concrets, réels, connus de tous, pour mieux s’engouffrer ensuite dans la fiction, avant de remonter s’accrocher à un autre point saillant, étayé par l’histoire, la vraie, plus loin.

LE CYCLISME APRES LE FOOT

sterman bombe

Le tout sans en oublier les bons vieux codes du polar journalistique. Son héros, Julian Milner, mène une enquête cohérente, crédible, plaisante à suivre. Une fort belle découverte qu’on a prolongée avec Bombe X, aussitôt Dernier shoot pour l’enfer refermé.

Avec Bombe X, cette fois, toujours dans le sillage de Julian Milner, on plonge dans le milieu pourri et rance du cyclisme et de la dope généralisée. Là non plus, il ne faut pas trop se forcer pour reconnaître des noms, même si c’est là un brin plus compliqué, plus fictionnel.

C’est aussi cela qui nous a passionnés : deux bouquins, écrits coup sur coup, mais qui montrent joliment l’évolution de l’auteur. Ces deux livres comme un cas d’école assez limpide sur l’acte d’écriture. L’assurance que l’on prend. Les libertés que l’on s’autorise. A tort, parfois. C’est, d’un point de vue de la construction littéraire, assez passionnant.

JOLI CAS D’ECOLE SUR LA CONSTRUCTION LITTERAIRE : DE L’ENQUETE JOURNALISTIQUE CREDIBLE AU POLAR TESTOSTERONE

Quand Dernier shoot pour l’enfer est très linéaire, au plus près de son héros, le journaleux au grand coeur, Bombe X s’en écarte un peu, au gré des assurances que l’on sent Ludo Sterman prendre avec sa plume. Il glisse d’un cadre très rigide, dans Dernier shoot, compartimenté, pour s’émanciper, dans Bombe X. On entend par là qu’il s’autorise des apartés, des personnages et des points de vue secondaires, des angles de vue tiers.

C’est ainsi que Bombe X s’avère d’une construction plus classique. Avec les avantages de ses inconvénients, si l’on ose dire. On gagne en complexité ce que l’on perd en cohérence. Bombe X s’écarte de l’enquête journalistique « intello » pour glisser dans le polar « testostéroné ». Quand Dernier shoot déroule un scénario très crédible, Bombe X est plus foutraque, dira-t-on, embarquant des gros bras auxquels on a un peu de mal à adhérer.

LUDO STERMAN, UN AUTEUR A SUIVRE

Or, nous, on a vraiment adoré le côté réaliste de Dernier shoot : pas besoin d’en faire des tonnes pour faire un bon polar. Pas besoin de flics, de coups de feu, de rebondissements merdiques. Non, un bon polar, c’est une ambiance, une atmosphère. Une histoire. Celle de Dernier shoot, plus simple, même si on la sent parfois assez scolaire – dans le sens où l’on devine un Ludo Sterman timide encore -, nous a semblé plus authentique. Ce qui n’empêche de faire de ce diptyque un agréable moment de lecture. Et de ce Ludo Sterman un auteur à suivre, dont on a hâte de lire les autres ouvrages.

http://www.fayard.fr/ludo-sterman

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