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Vigée Le Brun vaut bien mieux que ses seuls portraits de Marie-Antoinette

vigée

Elisabeth Vigée Le Brun, ce n’est pas que Marie-Antoinette, ça non alors. C’est certes beaucoup de portraits très classiques, mais pas seulement non plus. Subtilement, Vigée Le Brun, jusqu’à sa mort en 1842, a su faire le lien entre la peinture du XVIIIème siècle et celle, plus moderne, plus libre, du XIXème.


Evidemment, Marie-Antoinette… Evidemment, quelques années avant la Révolution, ces peintures de cour qui, tout juste livrées, se trouvent balayées par l’Histoire, comme appartenant à une époque révolue. Elisabeth Vigée Le Brun en ultime peintre d’Ancien Régime, coincée dans un art pictural moribond. Compassée dans l’art des portraits sans rien voir de la modernité affleurant, annonçant les envolées légères du XIXème siècle.

PAS QU’UNE PORTRAITISTE D’ANCIEN REGIME

Voilà pour l’image, tenace, qui colle aux pinceaux de Vigée Le Brun. L’une des rares femmes peintres à avoir traversé les siècles, pourtant. Parce que Marie-Antoinette, certes. Et parce que figeant pour l’éternité ce bonheur suranné d’une mère de famille, bientôt emporté par la Révolution, bien sûr.

Mais pas que. Surtout pas que ! Si Vigée Le Brun reste présente, encore, c’est qu’elle vaut mieux que cela. Bien mieux. Elle n’a pas cessé de vivre, de peindre, avec la famille royale. Née en 1755, elle meurt en 1842 seulement. C’est dire si son art s’est développé bien au-delà de ces années 1780 d’insouciance.

Vigée Le Brun, grand portraitiste de l’aristocratie européenne, est une femme entre deux époques, gardienne des techniques picturales du passé mais, aussi, annonciatrice, ou du moins accompagnatrice, de la modernité du XIXème siècle.

LE PORTRAIT DE SA FILLE JULIE A RETENIR

C'est plus moderne et moins compassé que les portraits de Marie-Antoinette, non? Bah pourtant c'est la même peintre.

C’est plus moderne et moins compassé que les portraits de Marie-Antoinette, non? Bah pourtant c’est la même peintre.

C’est tout l’intérêt de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais que de montrer cette évolution. Si l’on admire ainsi ses portraits de cour, on suit surtout l’évolution de son art. Vigée Le Brun peint en plein air, s’essaie à capturer le réel, comme il vient, les couleurs, les atmosphères.

Elle s’amuse, surtout, à libérer les corps, les visages. C’est subtil, presque imperceptible, mais on voit, au fil des années, ses portraits se faire plus aériens. Ici, une bouche entrouverte, là une lèvre pulpeuse, un regard coquinou, un sourire taquin. Pour nous, le meilleur exemple de tout cela est à voir dans le portrait de sa fille Julie en baigneuse. Cela date de 1792, mais ne déparerait pas classé une bonne cinquantaine d’années plus tard.

Vigée Le Brun c'est certes ça : Marie-Antoinette, 1787, quelque chose comme figeant une cour d'Ancien Régime d'arrière-garde...

Vigée Le Brun c’est certes ça : Marie-Antoinette, 1787, quelque chose comme figeant une cour d’Ancien Régime d’arrière-garde…

... mais Vigée Le Brun, c'est aussi ça : soit quelque chose de plus moderne, plus annonciateur de la peinture du XIXème siècle.

… mais Vigée Le Brun, c’est aussi ça : soit quelque chose de plus moderne, plus annonciateur de la peinture du XIXème siècle.

Elisabeth Vigée Le Brun

Grand Palais

Paris

Jusqu’au 11 janvier 2016