20160108

NE CHERCHEZ PLUS LE MAIRE DE LA NUIT, IL EST PARTI A NEW YORK

12274238_10100171092597813_259134796394859889_n

Deux ans déjà depuis que Clément Léon est devenu le premier maire de la nuit de Paris. Démocratiquement élu dans les bars, sa bonne connaissance du terrain et son culot avait séduit. La fonction non rémunérée n’était pas bien claire mais il a fait le job, harcelé les associations de riverains et usé de sa verve contre Anne Hidalgo. Le maire a jeté l’éponge et scoop: il est à New York.


Deux ans déjà depuis que Clément Léon est devenu le premier maire de la nuit de Paris. Démocratiquement élu dans les bars, sa bonne connaissance du terrain et son culot avait séduit. La fonction non rémunérée n’était pas bien claire mais il a fait le job, harcelé les associations de riverains pour faire sauter le sonomètre et usé de sa verve contre Anne Hidalgo. Entre temps moi j’étais partie de Paris, lassée de sa nuit, de sa dictature du style et aussi pour donner une seconde chance à mes poumons. J’avais entamé une histoire d’amour avec New York et laissé le politiquement incorrect Clément Léon seul face à la dure tâche de réveiller Paris. Quelle n’a pas été ma surprise en découvrant il y a 3 semaines qu’il avait lui aussi changé de continent et qu’il fallait désormais compter sur lui à New York. Waou le scoop, le maire de la nuit a déserté les rues sombres de la capitale pour venir profiter des ouvertures de bar illimitées! Il a jeté l’éponge quoi ! Pourquoi comment ? Je l’ai rencontré au Tip Top Bar dans le quartier de Bed Stuy à Brooklyn.

1622237_10208339354538445_492761415057093706_n

Que fais tu ici?

L’envie de quitter Paris me démangeait déjà avant mon élection. Une fois élu, j’ai pris ma mission à coeur et je ne pouvais plus quitter Paris, j’espérais qu’elle change, que je puisse l’aider à changer. Alors oui, plein de choses ont changé mais c’est loin d’être parfait. Les choses stagnent quand même beaucoup et c’est en partie à cause d’Hidalgo. Il y a des gens très volontaires pour soigner la nuit parisienne comme Frédéric Hocquard (Conseiller Délégué auprès du Premier Adjoint, chargé des questions relatives à la « Nuit ») ou Mao Peninou (Délégué du Maire du 19ème en charge de la Nuit) mais malheureusement Anne Hidalgo continue de se laisser berner par les associations de riverains psychotiques qui ont décidé de faire de Paris leur petite campagne aseptisée.

Quelle est ta première impression à New York? Qu’est ce qui te manquait à Paris que tu as trouvé ici?

C’est incroyable ce mouvement perpétuel ici. Les gens se parlent sans cesse, ils se disent bonjour et te demandent comment tu vas avec une réelle sincérité dans leur approche. Ma première grande satisfaction fût de m’apercevoir du bonheur que c’est d’avoir un métro ouvert 24h24, que les bars ferment à 4h, sans parler de tous les autres commerces de proximité ouverts toute la nuit. Quel que soit l’endroit où tu vas il y a une chose à faire ou à voir. Ceux qui cherchent un calme relatif habitent dans des quartiers plus reculés, mais même là il se passe des évènements sans discontinuité. New York garde un côté pratique et désuet à la fois. Ici, on ne cherche pas à dépenser l’argent du contribuable dans des fontaines à eau gazeuse, on fait dans l’utile. Cette ville est vintage et moderne à la fois. On ne chasse pas les jeunes et les pauvres au profit des riches geigneurs et snobinards et pourtant la ville est plus sûre et propre que Paris. Une activité continue pousse les habitants a donner une  énergie positive de création et fédératrice.

Quelles sont les raisons de ton ras-le-bol à Paris, deux ans après ton élection?

On pourra lui trouver toutes les excuses du monde mais Hidalgo est incompétente. Sa seule compétence est de garder sa place en ne prenant aucune décision pour vraiment relancer sa nuit. Il faut s’avouer que Paris est une belle capitale mais dont la nuit n’est absolument pas à la hauteur de ce qu’on raconte avec des effets d’annonces qui s’apparentent à de l’enfumage. Hidalgo est une bourgeoise de droite qui ne sait absolument pas ce qu’est une vraie personne. L’humain est un concept qu’elle tente parfois de comprendre en traversant Paris dans sa voiture avec chauffeur. Comme tous les politiques tu me diras.

Quel bilan tires-tu de ton engagement?

Positif, mais à présent je veux tourner la page. Il n’est pas évident de faire un bilan sur des actions médiatiques qui ont eues comme principal effet de faire parler des problèmes de la nuit parisienne et que les gradés en prennent conscience. Leur mettre un peu le nez dans leur caca comme on dit.  Aujourd’hui des associations que j’ai motivées à se monter sont mises en place. Ce sont des associations de riverains conviviaux qui militent pour l’ouverture tardive des bars, du métro et pour tenter de sauver leur quartier de l’inertie que veux imposer le réseau Vivre Paris. La majorité des gens en somme. Mais la tuerie de novembre n’a pas arrangé les choses. Les gens doivent encore reprendre leurs marques.

Tu étais encore à Paris le soir des attentats. Comment as tu vécu ce drame? C’est justement ces lieux de vie que tu aimes qui étaient visés?

Je travaillais dans un bar ce soir là. Nous avons voulu rester ouvert pour accueillir les gens qui avaient peur de rentrer chez eux car les terroristes se baladaient encore pas loin de l’endroit où se trouvait ce bar. J’ai pleuré pour les morts, j’en connaissais certains sans le savoir encore. Ca me rappelle une phrase de Duras « n’importe quelle mort, c’est la mort. […] la mort de n’importe qui c’est la mort entière. N’importe qui c’est tout le monde » J’ai pleuré aussi pour le futur de mes amis de confession musulmane que la « République démocratique Française » de gauche, de droite et surtout d’extrême gauche allait juger à mauvaise escient. Et puis j’ai dansé, j’ai bu, j’ai ri pour ne pas les laisser gagner.

Un souvenir au Carillon? Au Bataclan?

Au bataclan, beaucoup de concert de hip-hop essentiellement.

12232729_10206471310514394_4292752437031815407_o
Tu as perdu un compagnon en route pourquoi?

(NDLR : Clément a tenté l’aventure avec un pote Billy, depuis rentré en France pour retrouver sa copine) Je ne comprendrai jamais ce choix de l’amour face à la vie, surtout quand l’amour doit pousser vers l’avant plutôt que de faire rebrousser chemin. Je préfère ne pas trop en parler.

Sortir à New York c’est plus cher qu’à Paris, comment tu t’en sors?

Je suis ici a New York pour un repérage dans le cadre d’un documentaire pour une production française, sur la nuit à travers le monde. Du coup, je visite plusieurs villes d’Amérique du sud au nord sur plusieurs mois. J’avais mis de l’argent de côte afin de subventionner ce voyage. Mais au final, mis à part les loyers, la vie ne me semble pas si chère que ca.

Tu fais quoi pour les fêtes et dans le futur ?

Ce n’est pas que je n’aime pas Noël, c’est plutôt Noël qui ne m’aime pas. Donc, je vais sûrement me faire un simple repas à base de poulet jamaicain et de macaroni and cheese, puis j’irai me saouler avec les orphelins du jour dans un bar de Brooklyn. Et pour le nouvel an, je croquerai sûrement la grosse pomme avec des potes new-yorkais. J’ai encore pas mal de lieux et villes à visiter, mais New York étant très vaste et pleine de surprise, je vais devoir rester un peu. Cela peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. J’ai abandonné Paris mais je reste plus ou moins à sa disposition. Un peu comme une ex qu’on a quitté mais pour qui on reste disponible en cas de problème. Il est donc possible de rejoindre le réseau «Réveil Paris » en me contactant via ma page Facebook Pro.

Les villes de Clément : Avant d’être new-yorkais, Clément Léon est né en Touraine et a passé une partie de son enfance en Afrique, trois ans et demi au Rwanda puis trois ans au Bénin. L’adolescence c’est Marseille puis Bruxelles où il conserve une grande partie de sa famille. Cela faisait plus de 10 ans qu’il foulait les trottoirs de Paris.