20160118

Stokoe opère une descente dans les bassesses de Hollywood

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Hollywood, une usine à rêves ? Cela se saurait. Stokoe, avec Sauvagerie, nous plonge dans les affres et la bassesse de Hollywood. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas beau à voir… mais très plaisant à lire.


C’est toujours un petit plaisir de voir Matthew Stokoe s’afficher en rayons… D’autant qu’il est le seul dont les livres sont encore présentés sous blister. Rappelons-nous son précédent opus, High Life, tellement choquant et subversif (vraiment, pour une fois) que son accès était formellement impossible, sauf à en déchirer le robuste plastique (oui, oui, le fameux blister)… Quand on pense que certaines BD pornos sont grandes ouvertes et en tête de gondole…

DE L’AMOUR ET DU CUL… LA VIE, QUOI

Mais enfin bref, passons. Dans Sauvagerie, nous retournons à Hollywood, toute puissante usine à rêves, suivre quelques personnages toujours paumés et en quête de repères… Repères qui ont effectivement disparu : Tim, scénariste minable, était amoureux et amant de sa sœur avant sa disparition. Denning, journaliste veuf, mondain déchu, était amoureux et amant de sa fille. Et enfin Chick, blonde intrépide, a été violée dans sa jeunesse et a fini légèrement terroriste sur les bords.

Ces trois grands traumatisés de la vie gravitent autour d’une boîte de production, de Mexicains fêlés, de frères et sœurs producteurs puissants, abusés eux aussi très jeunes et en quête de vengeance, et de quelques acteurs pornos sur la voie de la rédemption…

Pas de doute, nous sommes bien dans un roman de Stokoe : la morale est quasi absente, les amitiés sont fragiles et se brisent au moindre mensonge. Chacun des personnages a un côté sombre et des addictions (cul plus ou moins brutal, vitesse, adrénaline, caféine, clopes et autres drogues plus ou moins dures).

UN DÉMARRAGE LABORIEUX MAIS ENSUITE TOUT ROULE

Le démarrage du livre est un peu laborieux et le côté puzzle, plaisant à certains passages, peut embrouiller le lecteur au début. Pour autant, une fois l’engrenage du script lancé, ça déroule et aucun temps mort n’est ensuite accordé… Oui, oui, un script, dans la mesure où toute l’intrigue tourne justement autour de l’apparition d’un tel script, qui pourrait bien être la clé d’une énigme qui touche chacun des personnages.

Disparitions inexpliquées, gloire aussi éphémère que rapide, jalousies, fric… L’auteur semble parfaitement connaître sa ville (des coins les plus lumineux aux plus obscurs), le milieu des stars à deux balles et son industrie hollywoodienne. Plusieurs pages sont en effet dédiées au financement d’un film, son tournage, son casting (fiches parfaitement intégrées dans et au service du récit).

Loin d’être aussi hardcore que High Life, qui décrivait la descente aux enfers de Jack via une déshumanisation croissante pour arriver à ses fins, Sauvagerie est moins dur dans son propos, mais laisse quand même un sentiment de malaise planer à la fermeture du livre. Notons également que le titre anglais est « Colony of Whores », qui est autrement bien plus accrocheur, mais tant pis, contentons-nous de Sauvagerie.

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Sauvagerie

Paris, Gallimard, coll. « Série noire », 2015

Matthew Stokoe