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Les bannis de l’équipe de France!

©PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN ; SPORT - FOOTBALL - FIFA - COUPE DU MONDE BRESIL 2014 - MATCH AMICAL INTERNATIONAL - EQUIPE DE FRANCE - FEDERATION FRANCAISE DE FOOTBALL - FRANCE VS JAMAIQUE. Stade Pierre Mauroy, Lille 8 juin 2014.
Karim BENZEMA.
PHOTO Alexandre MARCHI. 

Friendly football match between France and Jamaica, on June 8 , 2014, at the Pierre Mauroy's Stadium in Villeneuve-d'Ascq, northern France, ahead of the 2014 FIFA World Cup football tournament. (MaxPPP TagID: maxsportsworldtwo163645.jpg) [Photo via MaxPPP]

Le président de la FFF a tranché. Jusqu’à nouvel ordre, Karim Benzema ne pourra plus jouer en Equipe de France. En attendant le verdict de l’affaire de la sex tape, Karim est donc banni des Bleus. L’attaquant rejoint une longue liste d’indésirables en équipe de France A. Retour sur trois d’entre eux: ils s’appellent Larbi Ben Barek, Vikash Dhorassoo et Karim Benzema.


Le président de la FFF a tranché. Jusqu’à nouvel ordre, Karim Benzema ne pourra plus jouer en Equipe de France. En attendant le verdict de l’affaire de la sex tape qui tient tout le pays en ébullition – même Manuel Valls -, Karim est donc banni des Bleus. L’attaquant n’est pas le premier et rejoint une longue liste d’indésirables en équipe de France A. Retour sur trois d’entre eux. Trois destins. Trois époques de l’équipe nationale. Trois portraits de bannis. Ils s’appellent Larbi Ben Barek, Vikash Dhorassoo et Karim Benzema.

On dit par bannir : Tenir quelqu’un éloigné d’une société, d’un milieu, d’une activité Ou Rejeter, écarter ce qui est jugé mauvais.
Larbi Ben Barek un génie trop noir pour l’époque

Dans la famille des bannis, je voudrais Larbi ! Larbi qui ? Larbi Ben Barek. Né au Maroc, sous Protectorat français en 1917, il décède à Casablanca en 1992. Très peu le connaissent, pourtant, l’attaquant est le joueur qui a connu jusqu’à aujourd’hui la plus longue carrière en bleus (1938 à 1954) et fait surtout partie de cette caste de génies qui ont marqué l’histoire du ballon rond. Partout où il passe, Union sportive marocaine, Marseille, Stade français, Atletico Madrid, Larbi fait le bonheur de ses clubs, de ses supporters, de ses équipiers. Crack devant le but, il n’en oublie pas d’être altruiste et classe sur le terrain. “Si je suis le roi du football, Larbi Ben Barek en est le dieu” Hommage signé Monsieur Pelé en personne. Une citation qui vous permet un peu de situer l’aura de ce footeux venu d’Afrique à l’époque.

Larbi est peut-être le premier génie d’Afrique balle aux pieds. Ses transferts sont les plus chers de l’époque. Tout le monde se l’arrache. Il enfile les buts et fait gagner des titres. Une carrière riche en pions (151 pour 299 matchs en pro), en ovations. Une carrière qui contraste avec sa triste expérience en équipe de France. Plus de 15 ans en bleu et seulement 17 petits matchs amicaux pour 3 pions.

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, Larbi est appelé quelques fois en équipe de France. Son premier match sera le triste symbole d’une carrière en bleus complètement gâchée par les mentalités de l‘époque. A Naples, contre l’Italie, en 1938, Larbi est hué par les locaux fans de Mussolini. Puis arrive le conflit mondial et la montée des extrémismes en France. De quoi écarter complètement un joueur Français né au Maroc, trop noir de peau et trop musulman.

L’INA fait coup double avec ces images d’un autres temps…Ben Barek conté par Thierry Roland !

Pendant la guerre, Larbi retrouve son club au Maroc, puis jouera à l’Atlético Madrid entre 1948 et 1953, club avec lequel il remporte deux championnats et la Super Coupe d’Espagne. Dans le même temps, la perle noire assure quelques piges avec la sélection mais rien de fou. Surtout quand Gabriel Hannot, sélectionneur des Bleus entre 1945 et 1949, voit en Larbi Ben Barek un footeux qui “n’avait pas le sens du jeu en équipe”. Motif fallacieux, injuste et complètement raciste.

1953. Retour à l’OM. Il faudra encore attendre un an et surtout une énorme pression populaire pour revoir Ben Barek revêtir la tunique bleue. France – RFA en 1954. La 17ème et ultime rencontre de sa carrière internationale commencée 16 ans plus tôt. Pour un génie, une idole, un héros populaire c’est beaucoup trop peu. Lui qui aimait autant faire marquer que marquer des buts. Une autre époque. Un banni malgré lui, Un gâchis pour une France qui n’était pas encore prête à accepter ses nouveaux citoyens et ses flux migratoires.

Banni parce qu’il fait du ciné

Vikash Dhorasoo est noir lui aussi. Malgache d’origine, sa couleur de peau n’a jamais été un problème, pourtant il a lui aussi trop souvent été incompris dans le monde du foot. Vikash a toujours été en marge. Intellectuel, sans langue de bois, il préfère les livres aux sons de rap français. Il milite pour l’association homo football club. Il ne s’énerve pas, parle calmement. Le mec avec qui t’as envie de prendre un café et de parler politique mais avec qui tu n’iras pas en boite le samedi soir.

Par la force des choses, Vikash a toujours été un peu banni de cet univers trop superficiel mais son talent incontestable au milieu de terrain l’amène régulièrement en équipe de France. Puis arrive la première rupture avec le nouveau sélectioneur des Bleus, Jacques Santini. Les deux hommes se sont côtoyés à Lyon. Le courant ne passe pas. Jaques trop terre à terre en comprend pas Vikash l’intellect. Il se passera d’ailleurs de ses talents entre 2002 et 2004.

Santini dégagé après un Euro pitoyable au Portugal, c’est Domenech qui assure la relève. Raymond le clown, l’acteur, beaucoup plus séduit par le style Vikash le marginal. Le petit milieu de terrain fait partie intégrante des matchs de qualification pour le Mondial 2006. Il est appelé à chaque fois par Domenech et joue titulaire. De bon augure pour la Coupe du Monde outre Rhin. Avant la grosse claque. Deuxième rupture avec les Bleus. De nouveau banni…définitivement.

Un premier match dans le 11 de départ de la Coupe du Monde, 16 minutes de jeu puis plus rien. Raymond décide de changer son équipe. Ribéry et Zidane prennent les rênes d’un milieu de terrain qui évince Vikash. Ce dernier prenant place sur le banc. Frustré de cette mise à l’écart, le Malgache ne fait décidément rien comme tout le monde et filme sa vie de…remplaçant. Avec ses caméras Super8, il filme son quotidien. Ce qui devait être un projet de documentaire sur sa vie en Bleu, se transforme en docu sur sa vie de remplaçant. Dans les vestiaires, sur le terrain d’entraînement, dans les coulisses de l’équipe de France, Vikash se faufile caméra en main. Avec son pote Fred Poulet, il en fera un film, The Substitute, sorti sur les écrans en France en 2006. Mis à l’écart d’un univers qui n’a jamais vraiment compris Vikash, ce long métrage bannit définitivement le joueur de la sélection.

Karim lui préfère le ciné amateur

Dans le délire film, Karim a suivi les traces de Vikash. Pas le même genre de long métrage. Pas vraiment la même catégorie. Point de grande lucarne mais du film amateur dégotté sur un portable. Catégorie X puisque la porte de sortie des Bleus a la gueule d’une sextape. Qui plus est celle de son coéquipier en équipe de France, Mathieu Valbuena. Petit vélo pour les intimes censé faire des passes décisives à Karim sous le maillot français.

Cette image pourrait, dès lors, bien faire partie des archives de la sélection tricolore. Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, Karim Benzema est accusé d’avoir participé au chantage concernant la fameuse sextape de Valbuena. Mandaté par son pote Karim Zenati, l’attaquant du Real Madrid aurait joué un rôle d’intermédiaire selon Mathieu, alors que, selon Karim, dans les grandes lignes, il s’agissait seulement de prévenir son pote de la situation et de le conseiller…

Bref, on ne rentrera pas dans les détails. Car du Benzed Valbuena, on vous en aura fait manger ! A chaque nouvel élément, nouvelle déclaration, l’affaire fait la Une de tous les quotidiens, pages web et des radios… C’est le nerf de la guerre… Le scandale ras des pâquerettes fera toujours vendre. Cette affaire est lamentable et complètement hallucinante mais une nouvelle fois symbole d’un monde du ballon rond complètement en décalage avec le monde normal. Quand La France sombre dans un Etat d’Urgence injuste et dangereux, Karim et Mathieu, deux types plein aux as, se querellent sur une histoire fesses en vidéo…

Pourquoi finalement s’étonner ? Ces mecs vivent dans une dimension parallèle depuis qu’ils sont ados et pis depuis qu’ils sont devenus des stars du foot. Des salaires extravagants, grosses maisons, grosses voitures, ils gaspillent leur thune dans des voyages à Miami ou en boite, foutent leurs photos de mode sur les réseaux sociaux et se font adouber comme des héros. Pure hypocrisie. En créant des personnages complètement indigents, on ne devrait pas être surpris de les voir mêler à ces affaires à la con.

Coutumier des sales histoires, Karim aime rouler sans permis et s’était même empêtré dans une affaire de prostitution sur mineures avec son pote Ribéry. La France découvrait alors que ses footeux payaient pour s’envoyer en l’air à la tombée de la nuit. Une honte. Un scandale. « Oh my god, nos footeux se tapent des prostituées ?? !!! »  On en tombe des nues. Sérieux, cela fait des décennies que la pratique est d’actualité. Tout le monde le sait. Pourquoi s’étonner. Même Thierry Roland à l’époque du journalisme de proximité participait à ces parties de jambes en l’air avec la génération Platini.

Dans son style très agressif, Manu Valls est convaincu de la culpabilité de Karim. « Quand on joue pour les Bleus et qu’on représente l’équipe de France, on se doit d’avoir un comportement irréprochable ». Non les footeux n’ont pas à être la représentation d’une société, ni des exemples pour les jeunes et les grand mères. Présomption de culpabilité quand il s’agit de Benzema et présomption d’innocence quand il s’agissait de commenter la situation de Platini. Valls choisit ses chouchous. Comme une sale sensation que la France n’accepte pas ses joueurs de banlieue. Le ministre est à côté de la plaque, tout comme Le Graët, président de la Fédération Française de Foot, qui bannit Karim sans le condamner. Tout et rien n’est dit à la fois. Rien n’est tranché. Comme une sale sensation que même les instances du foot ne savent pas gérer leurs stars déconnectées de la réalité.

L’affaire sextape a mis à jour un nouveau type de bannis. Le genre « Banni à moitié, on attend de voir ce qui se passe… » au milieu d’un bordel médiatique. Banni pour être éloigné ou banni parce qu’il est jugé mauvais ? Karim continue pour l’instant d’assurer le show et enfile les pions du côté de Madrid en attendant que la France décide de trancher.