20160207

Pas grand-chose d’enivrant avec ce Saint Amour

Saint Amour

Cruelle déception que la nôtre, qui attendions avec ce Saint Amour un grand cru. A trop vouloir livrer un film grand-public, le duo Kervern-Delépine rate son coup. C’est très lisse et beaucoup trop gentillet pour être bon. A voir en salles dès le 2 mars 2016.


Ils n’ont pas osé. C’est terrible, mais ils n’ont pas osé… Kervern et Delépine, avec Saint-Amour, ont visiblement tourné avec l’éthylotest en main. Or, quoi de pire que des fous (c’est un compliment) qui se restreignent, se limitent à être normaux (ce n’en est plus un, de compliment) ?

On attendait un festival de mauvais esprit, un côté sale gosses hors de contrôle, défiant toutes les conventions. Quelque chose comme La Grande bouffe de la vinasse. Une ode à l’alcoolisme le plus débridé.

QUELQUES BONNES SAILLIES NE FONT PAS UN BON FILM

Mais a-t-on encore le droit d’être irrévérencieux aujourd’hui ? Toutes les bonnes âmes très premier degré, auto-proclamées gardiennes de la morale, leur seraient assurément tombés dessus, et ce Saint-Amour dans sa version trash, qu’on appelait de nos voeux, n’aurait pu exister.

Certes. Mais un Saint-Amour expurgé, et finalement lisse, a-t-il alors le moindre intérêt ? La réponse est… bah non, pas vraiment, du coup… Quelques saillies sympathiques, avec notamment un dialogue juste complètement dingue et hilarant entre une jeune fille paniqué par l’idée d’un déficit étatique qui sans cesse se creuse et un Depardieu se voulant rassurant, ne font pas un bon film pour autant.

De même que l’excellence de tous les acteurs, à commencer par Benoit Poelvoorde, très émouvant, ne parvient pas à sauver le tout. Oh ! ils sont attachants ces trois-là, Poelvoorde, Depardieu et Vincent Lacoste. Mais il manque de cette étincelle de folie qui nous ferait basculer dans un road trip sublime.

TROP GENTILLET, PAS ASSEZ TRASH

Poelvoorde, Lacoste et Depardieu, un trio très attachant mais un peu trop lisse.

Poelvoorde, Lacoste et Depardieu, un trio très attachant mais un peu trop lisse.

Bruno (Benoit Poelvoorde) est agriculteur, éleveur de vaches de son état, et grand dépressif, mal dans sa peau et dans sa vie, dans le civil. Son père, Jean (Gérard Depardieu), fait tout pour essayer de le sortir de sa torpeur. Les deux hommes sont à Paris, pour participer au Salon de l’agriculture. Jean, sérieusement, pour faire gagner son taureau de compétition. Bruno, pour y noyer son chagrin, en accomplissant, comme chaque année, sa route des vins… sans sortir des allées du salon.

N’y tenant plus, Jean embarque son fiston dans une vraie route des vins. Quitte à se torcher la gueule, autant le faire dans un cadre chatoyant… Mike (Vincent Lacoste), chauffeur de taxi, est de l’aventure lui aussi. Le trio est formé. Les paysages défilent, et les vignobles aussi. Alsace, Bourgogne, Beaujolais, Bordelais, etc.

A lire cela, on s’attend à de la plus belle et plus pure débauche. Or, rien de tout cela… Saint-Amour est au contraire empli de bons sentiments. Sur l’amitié, les rapports filiaux… Tout juste si l’on a, quand même, un joli passage sur les dix stades de l’ébriété, décrits par Poelvoorde. Le reste est très gentillet. Trop pour nous.