20160226

Sous les « Spotlight » de Boston

Spotlight

Six fois nommé aux Oscars, Spotlight ne mérite pas autant d’enthousiasme. Film d’un genre très prisé aux Etats-Unis, celui de l’enquête journalistique pure et dure, il s’inscrit dans une longue lignée, sans rien réinventer. C’est propre, intéressant à suivre, mais bien austère et, surtout, sans aucune surprise.


Méticuleux au point de flirter avec l’austère. Spotlight fait partie de ces films sérieux qui manquent d’envolée lyrique. A trop vouloir coller à la réalité – sujet ô combien délicat de la pédophilie dans l’église catholique oblige – le film livre un récit documentaire très premier degré. C’est bien simple : le héros, c’est l’enquête, et pas les enquêteurs… Autant dire que cela manque cruellement de chair, de coeur.

DES ABUS SEXUELS ENFOUIS SOUS LA SOUTANE

Pour autant, l’enquête journalistique est plaisante à suivre. Passionnante même. Pensez donc : un réd’chef qui donne du temps à ses journalistes pour bien faire leur métier plutôt que d’avoir les yeux rivés sur le compteur de clics de son site internet… De la folie pure. De la science-fiction. Il fut un temps, pourtant, où cela était encore de mise.

Cela se passe à Boston, au tout début des années 2000. Une équipe de journalistes du Boston Globe, baptisée Spotlight, remonte le fil de plusieurs décennies d’affaires d’abus sexuels enfouies sous le tapis (pour ne pas dire sous la soutane).

PROPRE MAIS NE REINVENTE PAS LE GENRE

Acteur vieillissant de mieux en mieux, je suis, je suis?

Acteur vieillissant de mieux en mieux, je suis, je suis?

Tel prêtre, dénoncé pour des attouchements ou des viols, simplement déplacé dans une autre paroisse… Et quand on dit « tel prêtre », on devrait mettre tout cela au pluriel. Un cas en entraînant un autre, les journalistes en dénichent finalement 87. Et, donc, des milliers de victimes. Des vies détruites, sacrifiées. Des souffrances niées. Jusqu’à ce que l’article paraisse enfin. Une bombe, évidemment, qui fait tomber les têtes, et vaciller l’institution religieuse.

Ceci étant dit, Spotlight, porté par un excellent Michael Keaton, s’inscrit dans la veine des films d’enquête journalistiques « made in the US ». Il s’y inscrit gentiment, sans faire de bruit, et c’est bien ce qu’on peut lui reprocher. Un peu paresseux, il ne cherche à aucun moment à réinventer le genre. Pas de quoi, donc, venir chatouiller ses grands devanciers, comme Les Hommes du président, JFK ou Zodiac. C’est propre, intéressant, pas de problème. Mais cela manque de folie. De cinéma.