20160331

Ave, César : loin d’être un très bon Coen

ave, César

Un Coen moyen reste certes largement au-dessus du lot. Il n’empêche. Pas de quoi crier au génie avec Ave, César ! C’est cela dit souvent drôle, et avec des plans franchement jolis. Mais trop dans la parodie quand même.


Les frères Coen sont fous. Tellement qu’au début de leur Ave, César, on a du mal à les suivre. Mais alors beaucoup de mal. Jusqu’à se demander si, par hasard, on n’assisterait pas là à une grosse daube. Et puis, pouf, vient le déclic. Peut-être qu’on accepte de se fondre dans leur folie. A moins, et l’on penche pour cette seconde solution, que finalement ces gars-là, talentueux, arrivent à retomber sur leurs pieds. En même temps, ils en ont quatre, ça rend la chose plus aisée…

DU MAL A QUITTER LE STADE DE LA PARODIE

George Clooney, en parfait crétin. Est-ce un rôle de composition?

George Clooney, en parfait crétin. Est-ce un rôle de composition?

Ce qui paraissait incohérent, grotesque, s’avère donc malin, intelligent. Après, faut toutefois l’avoir en tête : c’est du très puissant qu’ils fument, les frérot Coen… Et puis, aussi, ce Ave, César a parfois du mal à quitter le stade de la parodie.

Mais quelques saillies bienvenues viennent, à intervalle régulier, et surtout vers la fin, donner du sens à l’ensemble. Des moues hilarantes ici, des scènes joliment comiques là. L’absurde jamais loin et la beauté des plans toujours présente. Un Coen moyen reste par nature au-dessus du lot, que voulez-vous.

DIVERTISSANT, OUI. GRANDIOSE, NON

Cela ne fait pas pour autant un grand film. Divertissant, ça oui, mais grandiose, ça non. Les Coen nous plongent dans « la fabrique à rêves » du Hollywood des années 50. On y débite du chef-d’oeuvre à la bobine, sans trop de considérations pour l’aspect artistique des films, mais beaucoup pour leur rentabilité à venir. Une sombre satire du milieu du cinéma, en somme.

Rien que pour ça, un sujet en or. Qui, malheureusement, sombre un peu trop dans la gaudriole et la caricature. Tant pis. Au moins cela donne l’occasion à quelques bons acteurs de prendre du plaisir… On accompagne ainsi Josh Brolin, alias Eddie Mannix, régisseur hors-pair, parfait de sang-froid et de flegme, qui gère pour Capitole, l’un des grands studios US de l’époque, tous les petits soucis du quotidien. Là, une météo capricieuse, qui oblige à changer les plans. Ici les caprices, grands et petits, des acteurs maison. Des monstres capricieux et immatures tous autant qu’ils sont.

NETTEMENT MOINS PROFOND SUR LES DERNIERS COEN

Dans le lot, un jeune premier, pro du western, que le studio veut promouvoir dans des rôles plus dignes, mais qui s’avère un crétin intégral (Alden Ehrenreich). Et une naïade aussi, DeeAnn (Scarlett Johansson) reine du ballet nautique, alors en vogue au cinéma. Rajoutez une bande de danseurs de claquettes, et comprenez que les Coen rendent avec Ave, César un bel hommage au cinéma d’antan.

Au milieu de ces petits tracas secondaires, le grand-oeuvre de Mannix, c’est surtout Ave, César : une histoire du Christ. Une superproduction biblique, sur les derniers jours du Christ, qui l’oblige à réunir un aréopage de religieux, prêtre, rabbin, pasteur, iman, pour bien « boarder » la scénario et être ainsi sûr de plaire à tout le monde. Là encore, à la clé, du burlesque assez fou-fou. D’autant que la star du film, Baird Whitlok (George Clooney), disparaît subitement, enlevé par un groupuscule politique qui réclame une rançon pour le libérer.

On le voit, le scénario est riche. Très. Qui a dit trop ? Ah oui c’est nous… Bah oui, trop pour être fouillé. On reste souvent à la lisière des choses. Dans la caricature, donc. Cela donne au film un caractère léger, pas inintéressant, mais on est à des années-lumière des précédents films des Coen, bien plus étoffés et profonds.