20160310

Ce sentiment de l’été, long et chiant comme un jour d’hiver

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Un avantage à Ce sentiment de l’été ? Il sort du lot. C’est loin d’être donné à tous les films… Sauf que cela ne suffit pas. Cela manque de rythme, de souffle. D’audace, aussi. En salles le 17 février 2016.


Film tout en retenue, Ce sentiment de l’été a le mérite de sortir du lot. Seulement, sortir du lot ne fait pas forcément un bon film. Pas ici, en tout cas… Mikhaël Hers, avec une approche très contemplative, lasse très vite.

Sur le papier, pourtant, c’était intéressant. Traiter de la mort d’un proche, subite, en laissant le temps à tous les protagonistes de s’en remettre. D’avaler le choc, d’abord. De se reconstruire, ensuite. Pas à pas. Comme il en va dans la vraie vie. Avec des hauts et des bas. Des bas très bas, souvent.

MANQUE DE RYTHME

Mikhaël Hers filme tout cela avec tact et coeur. On ne pourra pas lui reprocher ça. Sa narration, en revanche, le rythme insufflé… C’est lent et finalement assez plat. Sans ces quelques rebondissements et/ou envolées un peu chatoyantes qui, si jamais on décroche, nous permettent d’entrer à nouveau dans l’intrigue. Ici, c’est tout ou rien.

On conçoit que ce puisse être « tout », que certains soient émus par les acteurs, le drame intérieur qui est le leur. On le conçoit, oui… mais on ne l’a pas vécu. Nous, on est passés à côté, trouvant tout un peu facile, un peu mièvre.

ET SOUDAIN, PAF LA MORTE

Sasha, 30 ans, vit à Berlin avec Lawrence (Anders Danielsen Lie, vu dans Oslo, 31 août). C’est le parfait amour, tout va bien, merci. Sauf que paf, v’là-t’y pas qu’elle meurt, la bougresse. Ouais, comme ça, pouf, je tombe, je suis morte.

Gros drame, évidemment. Les parents, la soeur, le beau-frère, tout le monde raboule de France pour organiser les funérailles. La famille se regroupe pour surmonter l’épreuve. Mais Lawrence, lui, qui pour s’occuper de lui ? Qui pour l’entourer, le réconforter ? Ce n’est pas tant que les parents de Sasha s’en foutent, non. C’est juste que leur douleur est si grande…

Alors Lawrence traîne avec eux. C’est toujours mieux que d’être seul. Et puis il y a Zoé (Judith Chemla), la soeur de Sasha, qui lui ressemble tant… Lawrence en est troublé. Elle si vivante, Sasha si morte… Pourquoi ça, et pas le contraire ? Cela tombe bien, la soeurette se dit la même chose : pourquoi elle et pas moi ?

TROIS ETES SUCCESSIFS POUR AUTANT DE BILAN D’ETAPE
Anders Danielsen Lie, vu dans Oslo 31 aôut, confirme qu'il a du talent.

Anders Danielsen Lie, vu dans Oslo 31 aôut, confirme qu’il a du talent.

Ces deux êtres en souffrance sont ainsi liés par quelque chose qui les dépasse. Le poids de l’absence. De l’absente… Mais voilà que la vie reprend ses droits. Zoé, malheureuse comme un chien, perdue, retourne en France, et laisse Lawrence à sa détresse.

Loin l’un de l’autre, ils essaient de se recommencer quelque chose. Puisqu’il le faut. On les retrouve l’été suivant à Paris et puis celui d’après à Annecy et un an plus tard encore, à New York. Le temps panse-t-il les plaies ? Pas sûr du tout… Pas autant qu’on le pense ; qu’on le voudrait.

Trois étés successifs, dans trois villes, pour autant de bilan d’étape. « ça va, toi ? » « Ouais ça va, et toi ça va ? « Ecoute, ça va ouais, et toi ? »… Bon, heureusement, on exagère. Ce sentiment de l’été est intelligemment taiseux. Comme si les mots, en pareille circonstance, étaient superflus. Les dialogues sont donc toujours succincts, et c’est là, assurément, l’élément clé du film. Tout passe par les attitudes, les regards. A ce petit jeu-là, Anders Danielsen Lie est très bon. Moins bien « utilisé » qu’il ne l’avait été dans Oslo, 31 août, mais bon quand même.

PAS ASSEZ SUBTIL

Seulement, comme on l’a déjà vu meilleur, on ne repère finalement que les manques dans la direction d’acteurs. C’est dommage car le sujet était potentiellement fascinant. La vie, la mort. La chute et la course vers la renaissance… Comment les uns et les autres traversent-ils cela ? Le traiter avec ces nombreux non-dits, avec un minimum de dialogues, renforçait le poids du message. Sauf que pour que cela tienne la route, il aurait fallu que le jeu des acteurs soit plus subtil, plus encadré et mieux exploité. Cela reste malheureusement superficiel.