20160307

Sport, Aurier et sentiments !

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Serge Aurier vous a dégoûtés pour de bon du sport et du milieu sportif ? Allons, allons, pas d’emportements excessifs : tout n’est pas à jeter dans ce monde de brutes. Bien au contraire. démonstrations en quelques exemples.


Serge Aurier a balancé de la merde ! Le buzz a été tellement fort que, dans le jargon, on a même surnommé l’action Auriergate. Le pire dans cette histoire n’est certainement pas les invectives, les incartades gratuites, la grossièreté, le tapage médiatique ou encore la gueule du « frère » d’Aurier en train de fumer une chicha, c’est que le latéral du PSG a tout simplement ruiné la Saint-Valentin. Sacrilège.

On ne touche pas à cette fête ! Le 14 février, on doit s’aimer, Serge ! Ce jour-là, on range les gros mots et on sort les fleurs et les chocolats en forme de cœur. Comment as-tu pu, Serge, merde ? Comment oses-tu balancer dans la nuit du 13 au 14 ?

Au fond du trou, j’ai décidé de laver l’affront par la plume car le sport possède aussi son côté fleur bleue et ses histoires passionnelles. En voici trois.

L’AMOUR POUR UN MAILLOT, POUR UN CLUB… L’AMOUR PASSIONNEL

Certains disent que le foot est un monde de mercenaires où les joueurs sont balancés d’un club à l’autre. Répondant au plus offrant, ils embrassent un blason pour célébrer un but, puis se tirent la semaine d’après dans une autre équipe. Parmi ces types, se cachent des oiseaux, certes rares, mais bien d’actualité. Ces mecs qui ne portent qu’un maillot dans toute leur carrière. Qui parlent de leur club comme d’une maison, comme d’une famille. Ces types, arrivés sur la pointe des pieds étant môme, et qui finissent avec 15, 20 ou 25 ans de carrière dans l’équipe, le brassard de capitaine fièrement arboré. Ces joueurs sont des entités, des emblèmes, des symboles, des légendes considérés comme des Monsieurs du foot.

Steven Reds à jamais !

Steven Reds à jamais !

On pense à Steven Gerrard, célèbre capitaine de Liverpool. « Chaque jour j’aimerais jouer pour Liverpool pendant 100 ans », déclarait Steven à Goal. Né sur les bords de Merseyside, il intègre Liverpool à neuf ans. Signe son contrat pro en 97. Fait sa première apparition en 1998. A l’époque, il n’est encore qu’un môme. Frêle, il nage dans son short. Le maillot est trop large. Mais Steven s’en tape car ce jour est le plus beau de sa vie en Reds. Il le sera jusqu’en 2015 avant de partir en semi-retraite à Los Angeles. Ce deuxième club ne compte pas. Seule la maison rouge est importante. 17 saisons. 710 matchs. Un brassard qu’il pourrait tatouer tellement il l’a porté. Ce mec est un symbole. Son hymne ne quittera jamais les travées d’Anfield. Amour rouge avec un grand A.

On pense aussi à Paolo Maldini ! Le beau gosse entame un tour d’honneur à San Siro en mai 2009. Dernières foulées sur une pelouse qu’il connaît tant. Les plus beaux yeux du foot italien sont dans le vide. Il replonge dans ses 25 ans de carrière. Quand tout commence en 1984, face à l’Udinese, il n’a que 16 piges. S’en suivront plus de 900 matchs sous les couleurs Rossoneri. Milan AC, le club d’une vie. La passion d’un maillot, d’un logo. Le défenseur le plus classe des années 90 fait partie de cette caste rare de joueurs qui n’aiment qu’une fois ! Sept titres de champions d’Italie, 5 Champions League pour ne citer que ces trophées et une distinction du meilleur joueur de la planète en 1994.

Sur les terres de la botte, un autre Italien associe son nom à un seul club. 300 pions. 39 piges. Un numéro 10 qui sera toujours associé à Francesco. Protecteur de la Louve, Francesco Totti pourrait mourir avec le maillot de la Roma. On parle d’un joueur qui a refusé le Real pour rester dans la capitale italienne. Quand il est relayé dans les tribunes parce qu’il ouvre trop sa bouche, les supporters scandent son nom. Ne ratez pas le jour où Signore Francesco partira à la retraite. Cet instant sera chargé d’émotion.

Ils s’appellent aussi Jack Charlton, 21 piges passées à Leeds, Jamie Carragher, 17 ans à Liverpool, Jean-Luc Ettori, 19 ans à Monaco, Tony Adams, 18 ans à Arsenal. Encore d’actualité, Romain Danzé, à Rennes depuis tout gamin. A 29 ans, le Breton a passé 15 ans de sa vie au Stade Rennais. Il se souvient de son arrivée, des hauts et des bas, de cette relation de couple avec laquelle il construit sa vie de joueur et d’homme. 300 matchs sous les pieds et un contrat qui l’envoie tâter le cuir à Rennes jusqu’en 2020.

L’AMOUR COMME UN GRAND A… QUAND TON AME SOEUR SE TROUVE DE L’AUTRE COTE DU FILET

Le tennis n’est pas seulement Match Point. Une histoire à la Woody Allen dans laquelle le mec trucide son amante au fusil de chasse.  C’est aussi Agassi-Graf, Graf-Agassi. André et Steffi. Le couple le plus glamour de la planète tennis.

Leur histoire s’est vraiment envolée un jour de juin 1999. Cette année-là, les deux immenses champions s’imposent à Roland-Garros après deux finales incroyables. Deux luttes acharnées, parmi les plus belles de l’histoire du Grand Chelem Parisien.

L'idylle née de la terre !

L’idylle née de la terre !

3ème finale parisienne pour André, le kid de Las Vegas. A chaque fois, l’ultime étape avait été impossible à surmonter. Cette saison-là, l’Américain est un homme nouveau, il ne trompe plus personne. Plus de perruque. Une boule à zéro. Après la déprime et une pause sur le circuit, André a grandi et chasse petit à petit ses démons. Son mariage à la con avec Brooke Shields n’est plus. Le kid peut enfin affronter sereinement le défi de la terre. Le dernier tournoi du Grand Chelem qui manque à son palmarès.

L’Américain remonte un handicap de deux sets face à Medvedev pour finalement s’imposer en 5 manches. En pleurs, il embrasse la terre battue et s’adonne à son rituel favori. Se tournant vers chacune des tribunes du Chatrier, il envoie des baisers aux spectateurs. Parmi eux, la blonde la plus célèbre de la balle jaune à l’époque, Steffi Graf. Cette dernière n’est pas insensible à l’émotion dégagée par André. Lui qui la draguait en vain depuis des mois touche cette fois au but.

La veille, l’Allemande remporte elle aussi le tournoi sur ce même court après une lutte sublime, contre Martina Hingis. Le slice de l’Allemande viendra finalement à bout de la talentueuse mais aussi de la trop fragile Martina. En pleurs dans les bras de maman qui descend sur le court, Martina observe de loin Steffi, sublime, en train de soulever la coupe. Une énième victoire en Grand Chelem, 12 ans après la première.

Steffi fait ses adieux à Paris sur un nouveau coup d’éclat avant de prendre sa retraite quelques semaines plus tard. A ce moment, seuls deux joueurs ont gagné tous les tournois du Grand Chelem et la médaille d’or olympique, Steffi Graf et André Agassi. « C’est votre destin de finir ensemble», souligne un proche d’Agassi dans son autobiographie. André le sait. Il a eu le coup de foudre depuis des années. Cette fois, Steffi ne peut plus résister. Leur victoire sur l’ocre parisien peut les enlacer à jamais.

Le destin. Son mariage avec Brooke Shields n’était qu’une amourette. Une connerie qui remplissait les journaux people. André est rattaché à Steffi depuis le début comme il l’est au tennis. Un destin amoureux aussi grand que son destin de joueur pro. Une autre dimension. Celle d’un mec pas comme les autres détestant le tennis depuis qu’il est gamin mais devenu l’une de ses plus célèbres icônes. Une histoire anormale pour un futur extraordinaire tant sur le court que dans la vie. Un mariage en 2001. Puis deux gamins. L’amour comme un grand A depuis une glissade sur terre battue.

L’AMOUR, CELUI DE LA FAMILLE AVANT TOUT

L’amour n’est pas qu’amitié, passion, c’est aussi une histoire de famille. Si certains clubs ont perdu ces valeurs, d’autres continuent de survivre justement parce qu’ils les possèdent. Le Rayo Vallecano fait partie de ceux-là. Le club de la Liga espagnole ne fait pas rêver par son niveau de jeu mais par l’aura dégagée depuis les travées du stade.

Equipe située à Madrid, le Rayo est avant tout associé à Vallecas, un des « barrios » les plus populaires et les plus célèbres de la capitale espagnole. Le Rayo est un club famille qui lutte pour survivre entre les cadors du championnat et qui possède l’une des plus belles ambiances d’Espagne.

Victoire ou défaite, les 15000 spectateurs chantent jusqu’à la fin et crient leur amour et leur fierté d’appartenir à ces couleurs blanc et rouge. Unis jusqu’au bout. Et, dans la famille, on ne laisse pas tomber les siens.

C’est pourquoi, le club a décidé d’aider Carmen Martinez, 85 ans, expulsée d’une maison dans laquelle elle a passé 50 ans de sa vie. Garante d’un prêt opéré par son fils à hauteur de 40000 euros, ce dernier fut incapable de rembourser. Du coup, c’est maman qui casque ! Carmen n’a plus le choix de se faire virer. Baraque saisie. A la rue la mamie.

Les associations anti-expulsions (antidesahucios) estiment à 500000 le nombre d’expulsions depuis 2008 en Espagne. Ça dégage dans tous les sens comme une des premières conséquences de la crise vécue au-delà des Pyrénées. Une sale histoire qui revient de manière récurrente dans les médias et qui laisse dans la merde des milliers de gens. Quand le petit-fils de Carmen apprend la chose, il sait qu’il s’agit d’une cause perdue. Besoin d’aide. Besoin de pognon, de « pasta » en langue locale. C’est pourquoi il va s’adresser aux dirigeants du Rayo. Ces derniers n’hésiteront pas. La maison ne peut pas être sauvée mais, en revanche, le club s’engage à assurer le loyer du nouvel appartement de Carmen jusqu’à que cette dernière rende son dernier souffle.

Cet élan de solidarité est une nouvelle preuve de l’attachement social du club à son public et à Vallecas. Le Rayo va au-delà du foot pour crier haut et fort des valeurs sociales, ouvrières et révoltées d’un quartier qui doit lutter chaque saison sur le rectangle vert pour faire perdurer cet esprit au sein de l’élite !

A l’époque de l’affaire, voilà ce qu’on pouvait lire sur les banderoles en tribunes : « Somos los hinchas más anarquistas, los más borrachos, los más antifascistas. Con nuestro Rayo revolucionario, todos los fachas fuera del estadio », « Nous sommes les tribunes les plus anarchistes, nous sommes les fans les plus bourrés et les plus antifascistes. Avec notre Rayo révolutionnaire, nous dégageons tous les fachos hors du stade. »

Ou encore « Los desahucios de un estado enfermo, la solidaridad de un barrio obrero »« el Rayismo contra los desahucios » o »#Carmen se queda », « Les expulsés d’un Etat malade, la solidarité d’un quartier ouvrier ! El Rayismo contre les expulsions ou « #Carmen reste, ne part pas ».