Apache?


Parce que les avant-gardes ont un train de retard, parce que nous ne croyons pas en l’homme mais qu’il faut bien quand même, parce que tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise, parce que quelques étincelles peuvent éclairer un moment le chaos, parce que le père noël est un pervers narcissique, parce que les regards alternatifs sont légion, parce que les couchers de soleil c’est ringard (même si ça peut être joli), parce que nous n’avons même pas peur, parce que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours, parce qu’il faut bien s’amuser un peu, parce que nous n’aurons pas de retraite, parce que Rome ne s’est pas faite en un jour, parce que sous les pavés, il y n’a pas la plage, parce que nous avons droit à plus d’un quart d’heure de célébrité en restant anonymes, parce que nous sommes gentils et que nous n’aimons pas beaucoup les méchants, parce que nous avons beaucoup de choses à dire, parce que prendre de la hauteur est meilleur pour la santé que de manger cinq fruits par jour, parce qu’on aime bien trinquer après s’être foutus sur la gueule, Apache existe.
Nous ne voyons pas d’autre explication.

« Nom de dieu, une entière génération à la pompe essence, à servir en salles, esclaves de petits chefs de bureau, la publicité nous fait courir après des voitures, et des fringues, trimant à des boulots qu’on déteste pour qu’on puisse s’acheter des merdes dont on n’a pas besoin. Nous sommes les enfant oubliés de l ‘histoire mec, sans rôle ni place, nous n’avons pas de grande guerre, ni de grande dépression, notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression c’est nos vies, la télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous millionnaires, dieux du cinéma ou rockstars mais on le sera pas et nous apprenons lentement cette vérité et nous sommes vraiment, vraiment énervés. »

— Chuck Palahniuk, Fight Club, 1996