20141014

Modiano, maître des mots ?

722365-patrick-modiano

Parce qu’être un grand écrivain ne signifie pas être un grand orateur et parce qu’un Nobel n’est pas une publicité facile, Patrick Modiano, à la différence de nombreux auteurs, fera toujours plus parler de lui pour ses romans que pour ses allocutions médiatiques. Et c’est peut-être tant mieux.


Cela ne vous aura sans doute pas échappé, Patrick Modiano vient d’obtenir le prix Nobel de littérature. Une récompense prestigieuse qui a fait beaucoup parler de lui, au-delà de nos frontières, et qui tombe pile poil au bon moment puisque son dernier roman, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, vient juste de sortir en librairie.

Avec le bandeau rouge « prix Nobel 2014 », pas de doute, ça va se vendre comme des petits pains. On ne pouvait pas rêver meilleur plan de com’. Ajoutez à ça quelques interviews de l’auteur, et c’est dans la poche.

ET C’EST ALORS QU’IL OUVRE LA BOUCHE…

Ah ! non… en revanche, de ce côté-là, ce n’est pas forcément gagné. En effet, si Patrick Modiano est un génie des mots, son talent semble s’exprimer bien plus facilement sur le papier qu’à l’oral.

L’écrivain, reconnu pour ses nombreux romans touchant notamment à la question du devoir de mémoire, aux destins qui s’entremêlent, aux souvenirs d’enfance, aux déambulations parisiennes ou encore à la délicate question des racines, ne brille pas par ses interventions publiques.

Récemment interviewé sur le plateau de La Grande Librairie, puis dans le journal de 20 heures de David Pujadas, il a, dans les deux cas, été filmé chez lui. Dans sa bibliothèque. Une vraie bibliothèque comme on se l’imagine avec des livres jusqu’au plafond. Et l’intellectuel à lunettes au beau milieu. La vraie surprise arrive en fait quand il ouvre la bouche.

BROUILLON VERBAL

Pas de discours chiadé ni de réponse attendue non… On dirait plutôt un brouillon verbal, avec des reprises, des ratures, et des retouches constantes. Des réponses assez peu claires au final. Pujadas semble d’ailleurs enchaîner ses questions sans bien écouter les réponses de Modiano.

Le résultat prête un peu à sourire, mais rend finalement plus humain cet auteur de référence au style délicat, qui semble avoir quelques difficultés à dompter son talent dans l’art de la conversation.

A moins qu’il ne faille y voir une sorte de réponse palimpseste qui se rapprocherait alors de plusieurs de ses romans, où plusieurs époques et histoires se superposent et s’entremêlent autour de lieux ou de thèmes communs. Toujours est-il que ce paradoxe un brin absurde en a inspiré certains :

En attendant sa prochaine interview (et ce n’est sans doute pas pour demain), mieux vaut peut-être garder l’image floue d’un écrivain au talent certain et se replonger dans ses meilleurs romans : Dora Bruder, Rue des boutiques obscures, Un pedigree ou encore découvrir le tout dernier Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier.

 

Photo d’illustration: www.lapresse.ca