20150720

Le roi Bohème, pour en prendre plein la vue au Lucernaire

roibohème

On peut vous le jurer, avec ce Roi Bohème, présenté au théâtre du Lucernaire jusqu’au 8 août 2015, vous ne regarderez plus jamais un « sdf » comme avant. Seul en scène, une heure durant, Sébastien Amblard incarne Aurelio, jeune homme aussi idéaliste qu’attachant. Vendeur de chaussures pour dames chez Monsieur Lampadaire, Aurelio a tout pour lui : […]


On peut vous le jurer, avec ce Roi Bohème, présenté au théâtre du Lucernaire jusqu’au 8 août 2015, vous ne regarderez plus jamais un « sdf » comme avant. Seul en scène, une heure durant, Sébastien Amblard incarne Aurelio, jeune homme aussi idéaliste qu’attachant.

Vendeur de chaussures pour dames chez Monsieur Lampadaire, Aurelio a tout pour lui : la jeunesse, la joie de vivre, l’optimisme. C’est beau et gai à la fois. Ça virevolte et vous donne le sourire. C’est qu’Aurelio est amoureux.

Tellement amoureux qu’il ne pense plus qu’à Elle, sa belle. Il en oublie son travail, et la cherche partout dans la ville. C’est touchant et exaltant. C’est, surtout, finement amené car le happy end qu’on attend ne se produit pas. Ça vrille quelque part et sort de piste. Rien qu’un petit grain de sable dans une machinerie qui avait si l’air bien huilée.

DE L’UTILISATION, PARFAITE, DU DECOR

Patatras. Tout s’écroule et on ne s’en rend même pas compte. C’est la magie du texte, de la mise en scène et du jeu du comédien que de faire en sorte que cette rupture n’en soit pas une. Ça glisse comme une vie peut nous glisser entre les doigts. Hier au top, demain au flop.

C’est maintenant, sous nos yeux, la déchéance d’un homme qui nous prend aux tripes. Il avait tout pour lui, il n’a plus rien. La transition de l’un à l’autre nous cueille sans qu’on s’y attende. C’est d’autant meilleur. Il faut voir l’empathie qu’on est forcé d’avoir envers ce bel Aurelio. Parce que c’est lui… Par ce que ça pourrait être nous…

Cette prouesse, au-delà du jeu d’écriture, tient au talent de la mise en scène et du comédien. Sébastien Amblard, d’abord… Il faut le voir occuper l’espace de la scène, toujours, tout le temps. Il faut le voir virevolter au-dessus du décor avec la grâce d’un danseur, dont on se doute qu’il en a maîtrise la technique. Il faut le voir changer d’expression, passer en un clignement d’oeil du joyeux au triste, de léger au grave. Il faut le voir, aussi, changer de voix, d’intonation. A tel point que jamais on ne saura quelle est sa vraie voix, dans la vie.

Il est un Aurelio qui, aussi, épouse parfaitement son décor. Joliment inventif soit dit en passant, le décor. Faussement minimaliste. Une estrade, ronde, et un lampadaire. Dessus, des chaussures. Dessous, la lie de l’humanité. Ce qu’elle ne veut pas voir, ne peut pas voir. Ces hommes qu’elle éjecte. Aurelio en l’occurrence, ce roi Bohème qui voulait vivre ses rêves, jusqu’au bout, et qui en paie le prix. Un roi Bohème romantique et tendre dans une époque qui ne l’est plus guère, ni romantique, ni tendre.

 

Le roi Bohème,

Théâtre du Lucernaire

Jusqu’au 8 août 2015,

Du mardi au samedi, 19h.