20151106

Picasso et ses pique-assiette au Grand Palais

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Le Grand Palais ouvre grand ses portes à Picasso et ses pique-assiette. A ses pique-assiette surtout… C’est Libé qui, rendons sur Pablo ce qui appartient à César, est à l’origine de ce trait d’esprit. Lequel, plus qu’une tournure stylistique, tient malheureusement de parfait résumé de ce Picasso.mania. Un expo pour rien. Largement survendue. Car enfin, […]


Le Grand Palais ouvre grand ses portes à Picasso et ses pique-assiette. A ses pique-assiette surtout… C’est Libé qui, rendons sur Pablo ce qui appartient à César, est à l’origine de ce trait d’esprit. Lequel, plus qu’une tournure stylistique, tient malheureusement de parfait résumé de ce Picasso.mania.

Un expo pour rien. Largement survendue. Car enfin, boudiou, on confesse volontiers être un peu con, mais avec la tronche de Pablo s’étalant en grand sur l’affiche, et avec cette introduction tirée du site du Grand Palais, annonçant la présence de « cent chefs-d’oeuvre de Picasso, dont certains jamais montrés, confrontés aux plus grands maîtres de l’art contemporain, David Hockney, Jasper Johns, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat », nous, bêtement, on s’attendait à voir du Picasso avant tout.

TROIS MURS DE PICASSO… POUR DES DIZAINES D’AUTRES D’ADORATEURS SOUVENT QUELCONQUES

Eh ben, pas du tout. Ou plutôt si… mais tellement peu. Tellement mal. Pour trois murs de Picasso extraordinaires, avec Le guitariste ou Femme assise dans un fauteuil sur le premier, un sublime portrait de Dora Maar sur le deuxième et la série des Mousquetaires sur le troisième, il faut se coltiner des dizaines et des dizaines d’oeuvres « hommage », souvent franchement mineures d’adorateurs parfois quelconques de Picasso.

On pense par exemple à la ridicule série « en slip » de Martin Kippenberger, s’exhibant en moule-bite dégueulasse sous le vague prétexte que Picasso, dans sa vieillesse, avait été photographié en slip kangourou dans son atelier…

Après, évidemment, il y aura des gens pour trouver cette démarche géniale, on n’en doute pas une seconde. Ce sera alors affaire de subjectivité. Mais, ce dont on est sûr, indépendamment de ces jugements sur tel ou tel, c’est que ce Picasso.mania souffre d’un cruel manque de mise en contexte.

HOCKNEY QUAND MEME, KOONS, LICHTENSTEIN ET ERRO POUR SAUVER L’EXPO

On passe d’une salle à l’autre, d’un artiste à l’autre, sans forcément comprendre ce dont il s’agit, ni pourquoi, ni comment, le gars mis en avant a voulu rendre hommage à Picasso. Surtout, à trop vouloir ratisser large, l’expo en oublie d’être organisée. C’est péniblement foutraque.

Alors, à défaut de chercher à comprendre, on chemine à travers les salles et s’arrête, au gré de ses goûts, sur ce qui nous attire l’oeil. Pour nous, ce sera quelques jolis David Hockney, comme A bigger card players ou Mother I Yorkshire Moors. Et puis aussi Faith Ringgold, avec son Picasso’s studio, tandis que Jeff Koons étonne avec Antiquity, de même que Roy Lichtenstein avec Woman with flowered hat. Citons encore Erro et son Picasso melting-pot, et cessons-là la litanie des Picasso maniaques.

PAS DE FIL CONDUCTEUR

Ainsi, on le voit, on en est réduit à accumuler les exemples, à défaut de pouvoir en tirer une conclusion plus profonde. Chercher une cohérence est impossible. Il n’y en a pas. C’est pourtant ce que l’on demande à une exposition d’un tel standing. Décevant, donc, de bout en bout. Et avec ce petit arrière-goût désagréable en bouche.

L’impression d’avoir été floué par l’affiche, par la promesse de l’exposition, plus que par la déception des oeuvres, dont quelques-unes valent quand même le coup. Rien que le portrait de Dora Maar, dont on ne s’en lasse pas.

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Picasso.mania

Grand Palais

Paris

Jusqu’au 29 février 2016