20160128

Les Ecorchés de Bertrand Cantat

Bertrand Cantat, Nous les écorchés

Comment remonter sur scène, retrouver le feu des projecteurs, après « l’affaire Trintignant » ? Pas facile, on en convient. Pas facile pour Cantat lui-même mais, aussi, pas facile pour ses fans. Qui sont-ils, ceux-là ? Que veulent-ils ? D’où viennent-ils ? Et, surtout, comment vivent-ils leur passion, souvent dévorante, pour leur idole ?


Qui sont ces gens bizarres capables de camper, des heures durant, si possible sous la pluie, devant les salles de concert, avant l’ouverture des portes ? Qui sont-ils, ces êtres étranges qui se ruent ensuite comme des furies pour être bien sûrs d’être écrasés contre les barrières, au premier rang ?

On les appelle des « fans », des vrais. Des purs, des durs. Des tatoués. Capables de suivre, sur les forums internet, les moindres faits et gestes de leur groupe préféré. Pour ne pas dire traquer… Toute leur vie ainsi calquée sur celle de cette idole absolue, icône inaccessible et fantasmée.

DIX ANS D’ABSENCE

Cela a quelque chose de fascinant. Qui flirte avec l’amour ultime, parfait. Celui qui vous fera tout pardonner, y compris les pires errements, musicaux comme personnels. On serait prompt à se moquer mais, au final, on les envie un peu, ces gens-là. Au moins ont-ils une passion, un truc fort, plus fort, sans doute, que tout ce que l’on ne vivra jamais, pour animer leurs moments de solitude.

Il en va ainsi des fans de Bertrand Cantat, tels que décrits dans « Bertrand Cantat, nous les écorchés« , paru chez Camion Blanc. Un gros travail d’immersion, mené par Faustine Sappa, pendant et après la tournée de Détroit, le nouveau groupe de Cantat, en 2014.

Une tournée tout sauf anecdotique, car marquant le grand retour, sur scène, de l’ex-leader de Noir Désir, après presque dix ans d’absence. Bah ouais, le temps de passer par la case prison et, surtout, de se faire un peu oublier…  C’est cela, d’ailleurs, qui est passionnant à suivre : comment ce retour de Bertrand Cantat allait-il être vécu ? Allait-il retrouver son public ? Le même qu’avant, avec dix ans de plus ? Ou bien allait-il en perdre quelques-uns sur la route, écoeurés par « l’affaire Trintignant » ?

UN PUBLIC D’ECORCHES

La réponse ? Eclatante… Plus de 300.000 tickets vendus, et des salles combles, partout en France. Et, surtout, cette ferveur revenue, peut-être plus forte qu’aux temps héroïques de Noir Désir. « Alors même qu’il a toujours rejeté l’idée d’être une idole, Bertrand Cantat est devenu pour beaucoup un mythe vivant, entraînant avec lui une foule d’individus, d’écorchés, qui se reconnaissent dans ses blessures et, peut-être, plus encore dans sa capacité apparente à les dépasser », écrit Faustine Sappa.

A travers les témoignages de près de 300 personnes, ce « Nous les écorchés » part à la rencontre de ces fans pour qui les chansons, la voix, le charisme, le destin de Cantat veulent dire quelque chose. Chacun, à sa manière, a un rapport très personnel à Cantat. Chacun, finalement, a son Cantat, qu’il aimerait pouvoir garder pour soi, mais dont il comprend bien qu’il doit – un peu – le partager avec d’autres. Et ce n’est pas toujours facile à accepter car, de la midinette de base qui en veut à « son petit cul » ou ses fossettes, au vieux de la vieille, présent depuis les origines, au milieu des années 1980, le moins que l’on puisse dire est que le public est varié, pluriel. Fait d’écorchés. Au sens propre.

Bertrand Cantat, Nous les écorchés,

Par Faustine Sappa,

Camion Blanc

Bertrand Cantat, Nous les écorchés