20160218

Azteca, il y a 500 ans, une civilisation disparaissait…

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Azteca, de Gary Jennings, est intelligemment sous-titré « le grand roman d’une civilisation disparue »… Et, mine de rien, cela se passait il y a 500 ans tout juste. C’est dire s’il est largement temps d’en apprendre plus sur ces Amérindiens balayés par l’un de ces chocs de civilisation extrême qui ont changé le cours de l’Histoire.


Il y a 500 ans, les premières « maisons flottantes » espagnoles naviguaient aux abords des cotes aztèques. Des bateaux, évidemment. Chargés d’hommes et d’armes. De conquistadors prêts à tout pour conquérir la gloire et la richesse. Le début de la fin pour toutes ces populations amérindiennes. Vaincues par la variole, par Cortés, par des fusils quand elles n’avaient que des flèches, des armures quand elles n’avaient que leur torse à opposer en résistance. Par des chevaux quand elles allaient à pied…

LA CONQUETE DU NOUVEAU-MONDE PAR LES ESPAGNOLS… MAIS SANS ESTEBAN ET ZIA

L’un de ces chocs de civilisation qui, en une décennie, aura changé le cours de l’Histoire. Pour les Aztèques, il aura fallu encore moins de temps que cela. Quelques mois, à peine, entre 1519 et 1520, pour rayer de la carte un peuple pourtant riche d’une belle culture et, surtout, fier. Tout sauf archaïque. Une perte considérable pour l’humanité, avec toute une architecture détruite, une religiosité dissoute et des habitudes de vie niées…

Tellement niées, d’ailleurs, que, avouez-le comme nous le faisons ici, vous n’y connaissez rien en Aztèques, en Mayas et autres Incas ? Allez, allez, pas de fanfaronnade… On vous parle de civilisation amérindienne et, au mieux, vous vous mettez à chantonner Les Cités d’or, Oh oh oh oooooh Esteban, Zia… Tao les cités d’or

1053 PAGES QUI SE LISENT TOUTES SEULES

Pas vous ? Ah oui ?! Ben, nous si… Alors, évidemment, devant une telle inculture, seules deux options s’offrent à nous. La première, académique, exige de passer par les historiens, les vrais. C’est la voie la plus sûre mais, aussi, la plus compliquée. Alors va pour la seconde. Celle de la littérature…

On a eu envie de rajouter des guillemets au mot, cela dit. Car ce Azteca, de Gary Jennings, n’est pas franchement un sommet stylistique. Mais sa trame historique, elle, retient forcément l’attention. Et puis, il en faut du talent, quand même, pour nous tenir en haleine sur… 1053 pages.

Surtout, signe d’une belle réussite, Azteca nous donne maintenant envie de creuser la question en nous plongeant, à lecture perdue, dans l’approche historique. Les travaux de Bartolomé Bennassar nous serviront de base. Mais Azteca, donc, puisque c’est de cela dont il s’agit… Une vieillerie, d’abord, puisque parue en 1981. Mais, au moins, c’est l’avantage de pouvoir lire « à pas cher », en format poche.

LES AVENTURES DE MIXTLI, LE VIEIL AZTEQUE

Le roman a les défauts de ses qualités. Il est d’une richesse extrême, et entend épouser, de la fin du XVème siècle à 1520, les dernières décennies, glorieuses, de la civilisation aztèque, à travers le regard de Mixtli. Vieillard de basse extraction, Mixtli s’est hissé tout en haut de la société mexica. Au soir de sa vie, alors que son monde s’est écroulé avec la prise de pouvoir des espagnols, Mixtli, sur l’injonction des nouvelles autorités religieuses catholiques, relate son histoire, et celle de son peuple.

Ce choix du récit-souvenir, bien conduit par Jennings, a pourtant un inconvénient majeur : celui de faire reposer sur les frêles épaules de ce Mixtli l’histoire de tout un peuple. Et voilà donc notre héros qui, en une petite cinquantaine d’années, fait à peu près tous les métiers, rencontre tous les chefs du continent, exerce tous les métiers et, bien sûr, assiste, de près ou de loin, à tous les événements majeurs de son temps.

QUAND HERNAN CORTES RENCONTRE MOCTEZUMA

En bref, le pauvre gars est toujours là où il ne faut pas, passant de la chance la plus insolente au malheur le plus terrible. Un peu comme s’il gagnait au loto le vendredi soir, et perdait son ticket le lendemain matin, avant de rejouer, et de gagner à nouveau la semaine suivante. Pas follement crédible. Surtout, à la fin, une fois qu’on a compris la construction de l’intrigue par Jennings, on en vient à anticiper les drames.

Après, si c’est certes un poil embêtant, ce n’est pas dramatique. C’est bien simple, les 1053 pages s’avalent sans qu’on s’en rende compte. Et, finalement, c’est bien tout ce qui compte. On apprend des tonnes de choses sur les Aztèques, leur mode de vie, leur religion, leur histoire. Pour quiconque aime un peu les romans historiques, c’est l’assurance de passer un bon moment. Mêlant habilement fiction et personnages réels, Azteca est très classique dans son architecture, mais bon. On chemine dans une Tenochtitlan qui n’existera plus jamais, et croise Nezahualpilli, Moctezuma, Hernan Cortés, Geronimo Aguilar, Gonzalo Guerrero, ou encore La Malinche. Soit autant d’envies de lectures supplémentaires potentielles, avec les biographies de tous ces gens-là.

Azteca,

Gary Jennings,

Le Livre de Poche

azteca